Bonnal Nicolas - lundi 12 juillet 2010
le-pen
Martin Luther King avait un rêve : la présidence Obama, qui prend un tour cauchemardesque sur le plan financier, économique et même militaire ou diplomatique. Je fais une prévision pour l¹hexagonie, ou le Sarkostan, comme on voudra : le retour de Le Pen. Une élection présidentielle en 2012, à supposer que la présidence actuelle aille à son terme, avec un deuxième tour qui opposera le candidat du PS, du FMI et des banques mondiales, et un des membres de la famille Le Pen.
Il y a quatre ans, de passage en France, j¹avais été frappé par deux choses : la folie immobilière (et l'on nous dit que l'immobilier a repris 15% en six mois, dans un pays plus prolétarisé que jamais) et l'apparence cool et désabusée d'une population assoupie, métro sexuelle et nihiliste, désormais contrôlée chimiquement par les trusts de la pharmacie et le caquetage abrutissant des médias people.
Cerné, que dis-je, terrassé entre ces deux dystopies venues de l'univers orwellien et huxleyen, je tiens donc à souligner le paradoxe suivant : cette populace postmoderne, qui s¹accommode de l'équipe de football que l'on connaît, et se prépare à payer à payer 7 000 euros du mètre carré quand elle en gagne 1 400 nets par mois, cette populace, dis-je, ce parent pauvre du lumpenprolétariat marxiste, est capable de voter à hauteur de, mettons, 20 ou 30 % pour Marine Le Pen au premier tour de la prochaine présidentielle. Le président de la république actuelle sera éjecté comme Jospin et nous aurons donc un deuxième tour entre un candidat nationaliste postmoderne et sans doute DSK ou un hiérarque du PS, un de ces infatigables responsables de l'euro, de ses désastres, des déficits, de l¹explosion bureaucratique et du reste.
Et comme nous sommes dans la cité des automates du mythe hindou jadis évoqué par Guénon, nous pourrons voir alors des millions de jeunes circuler dans les rues et hurler contre le fascisme, hurler pour leur SMIC à 1 000 euros et leurs 7 000 euros du mètre carré, hurler pour Britney Spears et pour lady Gaga, puisque c¹est cela qui les motive. Il ne faut pas sous-estimer l¹éternelle servitude volontaire évoquée en son temps par ce bon et brillant élève Etienne de la Boétie (il avait seize ans, tiens, et on peut comparer la performance intellectuelle de son petit essai à celles de nos petits bacheliers).
Je crois tous nos idiots utiles capables de défiler dans la rue pour conspuer le « fachisme » et instaurer un gouvernement aussi riche d¹idées que ceux des quarante années précédentes.
Revenons à la prévision : les années 2000 ont été une chute à ciel ouvert dans le gouffre béant de la dette immonde, du crédit infini, de la sottise humaine la plus incroyable depuis la Tour de Babel (la mondialisation, c¹est la même chose, non ?) Les années 2010 s'annoncent par contre comme des années décisives. Je ne dis pas que ce seront des années où les gens prendront de bonnes décisions, comme de se révolter (et puis quoi encore ?), mais une décennie où les élites en place, et qui ne tiennent plus rien entre les mains, sauf les armes les plus folles, prendront la décision de nous liquider, au sens du déluge, pour rester dans la référence biblique.
Si elles ne le font pas à temps, toute l'arche coulera, et elles avec. On ne tiendra pas en effet jusqu'en 2100 avec cent mille milliards de dettes et six milliards de vieillards dont quatre en Asie (mais oui !). Il va y avoir tout de même quelque chose de marrant en 2012, année de la fin du monde, comme le savent tous les cinéphiles si subtils de notre époque ahurie : le retour d'un Le Pen au centre de l'actualité, au centre de ce mystère élyséen de l'exception française.
Gageons que la France éternelle, aussi digne de son histoire que de son équipe de football, saura quand même comment étouffer ce serpent qu'elle ne peut s'empêcher de réchauffer en son sein.
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