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Iran : trente ans de malheur |
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Milliere Guy - mardi 10 février 2009
iran, etats-unis
Voici quelques jours, la république islamique d’Iran a atteint l’âge de trente ans. Triste anniversaire. Trente ans de malheur pour le peuple iranien qui l’a, pour partie, bien cherché, mais qui a eu largement le temps de le regretter. Trente ans de malheur pour le reste du monde surtout, puisque l’Iran est devenu assez vite le principal financier planétaire du terrorisme et de l’islam radical.
Ayant beaucoup voyagé au Proche-Orient et en Asie, je me souviens, pour m’y être rendu, de l’Iran d’avant Khomeyni. L’essor économique était rapide, les espoirs d’une élite occidentalisée étaient grands. Le régime du shah était autoritaire, mais la propagande des religieux obscurantistes, disant aux illettrés dans les campagnes que leurs filles, dans les grandes villes, vivaient comme des prostituées occidentales, circulait.
Des intellectuels rêvaient de marxisme. Comme dans tous les pays passant du sous-développement au développement, les écarts étaient grands entre le monde rural encore pauvre et la richesse des beaux quartiers de Téhéran.
J’ai connu à l’époque une élite perse, faite de gens qui représentaient le meilleur espoir de modernité pour le monde musulman. L’un des hommes les plus remarquables avec qui j’ai noué des liens d’amitié s’appelait Fereydoun Hoveyda. Son frère Amir Abbas avait été Premier ministre du shah, lui était ambassadeur de son pays à New York. J’ai tiré de nos conversations un livre paru l’an dernier que j’ai appelé « Mille et une vies », parce que Fereydoun me semblait avoir vécu effectivement mille et une vies, et je porte encore intérieurement le deuil de sa disparition voici un peu plus d’un an.
Ayant de la mémoire, je me souviens des réactions imbéciles à Paris et dans l’ensemble du monde occidental au moment de la chute du shah, des insultes à son égard, de l’ostracisme subi en Europe par ceux qui étaient issus de l’ancien régime. Je me souviens de l’enthousiasme des gens de gauche et de certains articles idolâtres concernant les ayatollahs.
À un journaliste bien-pensant qui me parlait d’équivalent de 1789 en France, j’avais dit, alors, que quatre années seulement avaient séparé 1789 de 1793 et de la Terreur : j’avais péché par optimisme puisque la terreur est venue bien plus vite en Iran.
Je me souviens aussi du minable Jimmy Carter à cause de qui tout cela est arrivé, de la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis à Téhéran, des bacchanales haineuses organisées par les « étudiants islamiques » et au cours desquelles on brûlait beaucoup de drapeaux américains. Je me souviens que, dès le moment où les États-Unis ont eu à nouveau un Président digne de ce nom, les otages ont été immédiatement relâchés, ce qui a montré que les fanatiques ne sont pas nécessairement suicidaires et savent avec qui ils peuvent dépasser la mesure et face à qui ils doivent se calmer.
Ronald Reagan a eu pour priorité la chute de l’empire soviétique et l’a effectivement fait tomber. Il a contribué à freiner les ardeurs bellicistes du khomeynisme en permettant à l’Irak de Saddam Hussein de ne pas s’effondrer : la chute de Saddam à l’époque eût été un désastre. Si les deux régimes s’étaient détruits mutuellement, c’eût été mieux encore. Ils se sont affaiblis mutuellement. Ensuite ? Il y a eu la politique cynique de Bush père, les hésitations et les cécités de Bill Clinton. La stratégie de George W. Bush consistait à asphyxier le régime, entre un Afghanistan plus libre et un Irak plus libre. La Russie, la Chine, l’Allemagne et la France ont tout fait pour que le pouvoir des mollahs survive.
L’Iran a créé le Hezbollah et se tient derrière le Hamas. La Russie lui donne les moyens de se nucléariser. Les dirigeants européens font ce qu’ils savent faire : parler. Les dirigeants américains de l’ère Obama se mettent à se comporter comme des Européens. Un seul pays peut freiner l’Iran : Israël. Il faut dire que, pour Israël, cela pourrait vite devenir une question de vie ou de mort et, fort heureusement, les Israéliens le savent.
Inutile de dire aux Européens qu’ils sont eux-mêmes menacés : l’Europe est d’ores et déjà largement soumise. Inutile de compter sur les États-Unis. Les trente ans de malheur pour le peuple iranien et pour ceux qui, sur la planète, sont attachés à la dignité et à la liberté de l’être humain, risquent de n’être qu’un prologue.
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