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Les libéraux français ont-ils échoué ?


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Milliere Guy - mercredi 22 octobre 2008

liberalisme
Je quitte la présidence de l’Institut Turgot. Cette décision, officieuse depuis des semaines, est désormais officielle. En un an et demi, j’ai fait réaliser plusieurs études, traduit ou fait traduire plus de cent textes. J’ai créé une collection de livres dont trois titres viennent de paraître. J’ai organisé des colloques et des débats. Je pars en me disant que j’ai sauvé un organisme qui était tout au bord du précipice.

J’aurais aimé en faire davantage, mais les circonstances ne s’y prêtaient pas. Je veux souhaiter bon courage à Henri Lepage qui me succède. Et, du courage, il en faudra. Voici un quart de siècle que je consacre ma réflexion, mes écrits et une bonne part de mes actions à la pensée libérale. Sachant à quel point les libéraux sont peu nombreux en ce pays, je me suis toujours tenu éloigné de ce qui divise et j’ai toujours tenté de me situer du côté de ce qui rassemble. Je continuerai à m’en tenir à cette ligne. Si je regarde en arrière, je ne puis que constater qu’en vingt-cinq ans, j’ai croisé la route d’hommes et de femmes extraordinaires et qui ont marqué l’histoire intellectuelle et l’histoire tout court : de Friedrich Hayek à Jean-François Revel, de Ronald Reagan à Margaret Thatcher.

Si je m’en tiens à la France, je resterai marqué par le courage, la générosité et l’opiniâtreté de Jacques Garello, par la tonique lucidité de Pascal Salin, par la conviction et la droiture d’Alain Madelin. En vingt-cinq années, si le paysage politique, économique et culturel du pays s’est transformé, cela n’a pas été dans la bonne direction. Voici deux ans, Jacques Garello me disait que nous avions échoué : je me suis efforcé, alors, de le contredire, et je le contredirais aujourd’hui encore, car nul combat n’est mené en vain. Néanmoins, force est de constater qu’un dysfonctionnement, une inadéquation existe.

La pensée libérale est, en ce pays, plus minoritaire que jamais. Le personnel politique se partage entre socialistes de droite et socialistes de gauche, et les décisions de Nicolas Sarkozy passeraient, pour la plupart, comme des décisions trop étatistes pour être travaillistes au Royaume-Uni : ceux qui ne peuvent être classés ni chez les socialistes de droite ni chez les socialistes de gauche sont si minoritaires que je les qualifierais de dissidents.

Quelques économistes peuvent se faire entendre qui tiennent un discours intelligent, tels Marc Touati, mais la plupart de ceux qui sont invités à la radio ou à la télévision représentent un éventail qui va du néo-marxisme au keynésianisme. La quasi-totalité des écrivains et des artistes pensent à gauche et font, sur la plupart des sujets, des réponses aussi prévisibles que la salivation du chien de M. Ivan Pavlov au moment où retentit la sonnerie.

En termes géopolitiques et stratégiques, il existe une pensée unique, tiède et insipide où on peut aimer les États-Unis s’ils ont le visage d’Obama ou celui d’un quelconque histrion radical, mais où on doit détester ou mépriser l’intégralité de ce qui est républicain et qui lit la Bible. La même pensée unique soutient Israël, du bout des lèvres, à condition que les dirigeants israéliens fassent toujours plus de concessions. Elle s’offusque le temps d’une seconde des propos haineux d’un Ahmadinejad, et se tait complètement lorsqu’il s’agit de l’autoritarisme de l’ancien KGBiste Poutine.

Nul ne dira, comme Marcel Déat en 1939, qu’il ne faut pas mourir pour Danzig, parce que telle n’est pas la question, mais il est clair qu’il ne faut pas attendre que quiconque affirme être prêt à se battre pour Tbilissi ou Kiev. Je ne pense pas avoir échoué, non. Je ne pense pas que les libéraux aient échoué non plus. Je pense seulement qu’il n’y a pas grand-chose à attendre ici, au présent. Je pense cela, en fait, depuis plusieurs années.

Alain Peyrefitte avait diagnostiqué le « mal français ». Nicolas Baverez n’a cessé d’écrire sur la France qui tombe, et celle-ci continue à tomber. J’ai consacré deux livres à la question. À la différence de Baverez, je n’ai pas proposé de remèdes, car je ne pouvais songer qu’il en existait. Et je ne pouvais songer qu’il pourrait en exister sans un travail de réflexion opéré en profondeur accompagné d’une ouverture des médias. J’ai essayé. Je viens de publier mon vingtième ouvrage. Mais il est des jours où j’ai très envie de tourner la page et de passer à autre chose. Il est des jours où je me dis que je perds mon temps. Aujourd’hui est l’un de ces jours…

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En bref
FISCAL
«Le principal critère du clivage droite-gauche a toujours été le critère fiscal. Le paquet fiscal a confirmé que Nicolas Sarkozy était un homme de droite.»
Michel Rocard

SIC
CRISE «L’ensemble de la stabilité mondiale est en cause. Il faut d’abord éteindre le feu et ensuite reconstruire la maison.»
Dominique Strauss-Kahn,
directeur du FMI

ARCHAÏSME «Les archaïques régulateurs sont devenus les modernes !»
Benoît Hamon,
député européen PS

SECTE «Le concert de Ségolène Royal au Zénith témoigne d’une vision de la politique, inscrite dans le marketing politique, la logique de la publicité commerciale, qui néglige le fond. C’est un genre de cérémonie qui est entre le show-business et le rassemblement de secte…»
Henri Emmanuelli, député PS

PEUPLE «Il n’y a que Sarkozy pour croire qu’un peuple n’a pas d’âme, alors que c’est cette âme qui lui fait réaliser de grandes choses.»
Marine Le Pen

PS «Je retourne le compliment au PS : ceux qui font le jeu de la droite, ce sont ceux qui courent derrière elle, avant, pendant et après les élections…»
Olivier Besancenot

ILLÉGAL «RESF (Réseau Éducation Sans Frontières, mouvement de soutien aux immigrés clandestins) est un mouvement très intéressant parce qu’il représente un illégalisme de masse.»
Jean-Marc Rouillan,
ancien tueur d’Action directe

IMPÔTS «La fiscalité verte, c’est moins d’impôt et plus de pouvoir d’achat !
Jean-Louis Borloo




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