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Obama : de l’extase à la déception


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Milliere Guy - mercredi 28 janvier 2009

obama
Un éditorialiste du Financial Times écrivait, le matin de la passation de pouvoir du 43e au 44e Président des États-Unis qu’il espérait qu’Obama dirait enfin quelque chose de mémorable. J’ai écouté le discours d’Obama (voir la vidéo de Public Sénat). Je n’ai, comme la plupart des commentateurs, rien vu de particulièrement marquant en celui-ci.

J’y ai perçu d’innombrables nuances de pensée politiquement correcte, une volonté de s’adapter aux circonstances et d’être à la hauteur de l’événement et de la fonction. Obama ne pouvait pas parler en gauchiste un pareil jour. Il ne pouvait pas se démarquer de l’histoire américaine ou des institutions. Il ne pouvait pas critiquer son prédécesseur. Ce qui a semblé évident au fil des mots est qu’il se situe très loin de Ronald Reagan et de George Walker Bush. Si le premier considérait que l’intervention gouvernementale était le problème et si le second a toujours présenté les États-Unis comme le pays de la liberté, Obama a plutôt présenté, lui, le gouvernement comme la solution, et a affirmé que les États-Unis devaient se faire plus humbles, plus conciliants, tendre davantage la main, même aux dictateurs.

Obama, en adepte du multiculturalisme et de l’apaisement, a parlé des Américains comme de Chrétiens, Musulmans, Juifs, Hindous et non croyants. C’est la première fois qu’un Président inclut Musulmans, Hindous et non croyants de cette façon. C’est surtout la première fois que les Musulmans sont placés, dans une déclaration présidentielle, avant les Juifs. Je ne veux y voir, pour l’heure, aucune indication trop précise.

En voyant la foule et la ferveur, j’ai pensé qu’il y avait là un phénomène d’adoration qui n’était pas très sain dans une démocratie, et qui tôt ou tard se retournerait contre l’objet de l’adoration, dès lors que celui-ci apparaîtrait non pas comme une réincarnation du grand Rédempteur, mais comme un homme politique qui doit gérer une situation complexe, faire des compromis, revenir sur ses promesses de campagne…

Les décisions d'Obama sur le terrorisme, l'économie l'environnement ...


J’attends, avec un sourire ironique, de voir ce qu’Obama va faire des gentils prisonniers du camp de Guantanamo qu’il entend fermer au plus vite. J’attends aussi, mais avec inquiétude, les décisions en matière de politique économique, sociale et environnementale. J’attends, avec plus d’inquiétude encore, les décisions concernant le Proche-Orient, ou la visite tant promise dans un État musulman.

Des journalistes à Washington ont noté qu’Obama, comme les Clinton, attirait les milliardaires : il n’y avait jamais eu, un tel jour, autant d’avions privés sur les pistes du National Airport, ni autant de limousines dans les rues avoisinantes. Il faut dire que les milliardaires n’ont pas été les seuls à venir : les gens étaient aussi nombreux qu’à Londres pour les funérailles de la princesse Diana. La différence est qu’ils ne pleuraient pas, mais semblaient extatiques.

Dans un contexte de récession, cela a au moins eu un avantage : faire marcher le commerce. On a pu trouver de tout à Washington et dans toutes les grandes villes du pays : des cierges Obama et des broches Obama en or dix-huit carats, des T-shirts et des casquettes Obama, des bandes dessinées, et même des slips Obama. J’ai aperçu aussi des assiettes Obama, destinées, bien sûr, à la décoration : qui oserait verser de la soupe sur le visage du saint homme ?

Obama ferra-t-il son devoir comme George W. Bush l'a fait ?

J’ai eu, sans cesse, à l’esprit le prédécesseur d’Obama. Je ne me fais aucune illusion. Il faudra deux décennies au moins pour que l’histoire fasse son œuvre et que des livres redonnent à George W. Bush la place qu’il mérite. Pour l’heure, il a sans aucun doute fallu beaucoup d’abnégation à ce dernier pour supporter les injures, la diffamation et l’injustice. Bush a pu partir en se disant qu’il avait fait son devoir, protégé le peuple américain, montré ce que sont droiture, sens du commandement et opiniâtreté. J’aimerais me dire que, dans quatre ou huit ans, Obama pourra quitter la Maison Blanche en se disant lui aussi, sans tricher, qu’il a fait son devoir.

Je ne puis que douter et, au mieux, espérer. J’aimerais me dire que le 20 janvier 2009 a été une date positive dans le devenir planétaire. Mais mes espoirs sont fort minces. Cela m’évitera ce qui attend très vraisemblablement les centaines de milliers assemblés à Washington : la déception…

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