Commande publique et vérité économique
Vous avez relaté (n° 1282) l’imbroglio qui affecte la décision de travaux du RER B et, qui pourrait préjudicier pour de longues années encore aux usagers de cette ligne.
Le donneur d’ordre public (Région, SNCF) charge Alstom.
Mais que voit-on? Que l’offre retenue proposée par Bombardier n’était pas économiquement réaliste.
Il est bien connu que, pour obtenir un marché public, il arrive qu’un candidat fasse une offre déraisonnable.
Mais qui est en tort? L’entreprise qui a peut-être absolument besoin de la commande et qui baisse imprudemment son prix ou la commission d’appel d’offres de la personne publique qui, obsédée par le dogme du moins-disant – alors que la recommandation est de retenir le mieux-disant et que la jurisprudence du Conseil d’État est en ce sens depuis près 30 ans –, a retenu une offre à un prix la rendant irréalisable?
Et comment se fait-il que le dossier de consultation des entreprises ait permis qu’une telle offre ait pu être proposée? N’y a-t-il pas une défaillance aussi de ce côté?
Comment se fait-il que la commission d’appel d’offres (laquelle a dû, normalement, pour une opération d’une telle importance, être éclairée par le rapport d’une commission technique en amont chargée d’examiner chacune des offres) ait pu néanmoins retenir Bombardier? Qu’y a-t-il dans le rapport de la commission technique?
Il y a, et il y aura toujours, une vérité de l’économie: on ne peut pas avoir pour 100 balles ce qui en vaut 200!
C’est ce que fait valoir à juste titre Alstom.
Au prix de Bombardier, ils ne peuvent pas faire, parce que ce prix est, semble-t-il, irréaliste eu égard aux prestations demandées.
Le problème paraît donc davantage du côté de l’expertise insuffisante du donneur d’ordre en matière de conduite de la consultation.
Devant le tollé, celui-ci jure ses grands dieux que c’est pas sa faute et charge l’entreprise, laquelle fait figure de mouton noir. Voire!
Passer les entreprises à la «moulinette», selon l’expression consacrée, pratique encore trop souvent en vigueur dans la relation entre les collectivités publiques et les entreprises privées, a des limites: on ne peut pas avoir un cheval pour une alouette.
La présidente de la région ferait bien de voir au juste ce qu’il en est du côté du professionnalisme de ses services.
Comments (4)
Pour qui a déjà eu à répondre a des appels d’offres d’équipements, il est clair que, dans le choix retenu, il arrive souvent qu’une autre raison – non évoquée dans cet article – soit le facteur déterminant : le “backchich”, sous une forme ou sous une autre. Particulièrement dans les pays africains ou c’est quasiment de rigueur.
Le pire est lorsque le “client” veut à la fois le meilleur, le moins cher et le mieux “commissionné”.
Et il est possible que certains dirigeants de fournisseurs prennent la commande empoisonnée en connaissance de cause, ne serait ce que pour “faire du chiffre”. Même a perte forte, pour diverses raisons. Le “bid” – en anglais – c’est parfois mortel pour la boite si le marché est gros.
Qu’en a t il été pour cette affaire de trains de RER ? Nous ne le saurons probablement jamais. Mais…..
il y a des sujets tabous, ou des secrets de polichinelle… tout le monde le sait mais il faut faire semblant de ne pas le savoir.
en france, le backchich est le paramètre principal de tous les contrats de travaux publiques.
D’ou vient votre commentaire “Mais que voit-on? Que l’offre retenue proposée par Bombardier n’était pas économiquement réaliste”? Pouvez vous le démontrer? Ou tout simplement c’est un problème de monopole Alstom?
” d’où vient votre commentaire, etc…”
Si la question m’était posée personnellement, je répondrais : de plusieurs expériences que j’ai eu a gèrer professionnellement .
Dans un des cas un constructeur asiatique voulant absolument entrer sur un marché qui lui était fermé depuis longtemps au profit d’un autre, germanique celui là et qui voyait sa position acquise pour toujours, nous a permis de présenter un prix ridiculement bas pour enlever le morceau, par rapport à ses tarifs commerciaux habituels.
Je précise qu’il ne s’agissait pas de produits made in RPC mais d’une marque de haut de gamme, réputée et habituellement plus chère que celle du teuton. Le marché consistait a couvrir les besoins annuels du produit en question : environ 4000 pièces.
“Herr Schmidt” en pleure encore. Même s’il n’ a pas eu à arroser lui même cette fois le “client”.
Tout à un prix et si l’on vous offre des truffes noires de première qualité au prix de patates communes, ne cherchez pas : il y a un loup !