Danger de l’extrémisme centriste

Danger de l’extrémisme centriste

Dans le paysage politique français, l’abstention est devenue le « premier parti de France », un phénomène qui révèle la profonde désillusion des citoyens. Avec des taux souvent supérieurs à 40-50 % lors des scrutins récents, comme les 48,51 % aux élections européennes de 2024 ou les 52,49 % au premier tour des législatives de 2022, les abstentionnistes expriment un rejet massif du système.

Cette abstention record traduit un manque de foi dans le débat politique.

Les Français ne croient plus aux promesses électorales systématiquement non tenues, aux décisions prises ailleurs, souvent à Bruxelles ou sous influence de lobbies internationaux, ni à une pensée unique qui confine les débats aux questions insignifiantes, évitant les grands sujets sociétaux, économiques ou identitaires. Ce désengagement massif n’est pas un hasard : il est le symptôme d’un centrisme qui, sous des airs de modération, impose un totalitarisme soft. Loin d’être un rempart contre les extrêmes, ce centrisme étouffe la pluralité des voix, impose des compromis aseptisés et maintient un statu quo profitable aux élites. Il transforme la démocratie en un spectacle vide, où les discours authentiques sont marginalisés au profit d’une uniformité de pensée. Pour illustrer ce mécanisme insidieux, examinons quelques piliers du système qui renforcent cette domination centriste.

L’élection à deux tours : un compromis forcé vers le plus petit dénominateur commun

Le système électoral français, avec son scrutin uninominal majoritaire à deux tours, est une invention typiquement hexagonale qui vise à tempérer les passions populaires. Introduit historiquement pour contrer les mouvements considérés comme extrêmes ou réactionnaires, il force les électeurs à un compromis systématique. Ce mode de scrutin, hérité de la monarchie censitaire sous la Restauration en 1820 avec la loi du « double vote », a été conçu pour privilégier les élites fortunées et modérées. Réinstauré en 1889 sous la IIIe République pour briser le boulangisme, un mouvement populiste perçu comme une menace, il a été définitivement adopté en 1958 sous la Ve République, à l’exception de 1986 où la proportionnelle a été brièvement essayée (et vite oubliée).

Ce système impose un second tour où seuls les candidats les plus « centraux » survivent, reléguant les voix dissidentes au rang de marginales. Pour être élu au premier tour, un candidat doit obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés, représentant au moins 25 % des inscrits, un seuil qui favorise les alliances modérées et exclut les « réactionnaires » ou les radicaux. Résultat : les débats se recentrent sur le plus petit dénominateur commun, évitant les confrontations idéologiques vives. Au lieu de refléter la diversité des opinions, ce système produit des majorités stables mais aseptisées, où les extrêmes, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont systématiquement marginalisés. Cette invention très française n’est pas neutre : elle a été forgée pour empêcher que le vote populaire, souvent qualifié de « réactionnaire » (ou désormais de « populiste »), ne devienne majoritaire, perpétuant ainsi un élitisme déguisé en modération.

Une bureaucratie délirante qui étouffe les discours authentiques

Au-delà du scrutin, le système politique français est gangrené par une inflation bureaucratique qui renforce ce centrisme. Les communautés de communes et autres établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ajoutent un niveau supplémentaire dans les arrangements entre élus, favorisant une culture du compromis qui dilue les responsabilités individuelles et collectives.

Ces structures, conçues pour gérer en commun des équipements ou services, imposent une gouvernance où les décisions sont négociées entre représentants de multiples communes, aboutissant à une centralisation accrue des pouvoirs au niveau intercommunal.

Au lieu de renforcer l’autonomie locale, elles élargissent les périmètres et fusionnent les entités, transformant les débats en un exercice de consensus mou qui étouffe les voix dissidentes.

Cette prolifération administrative n’est pas anodine : elle défavorise les discours authentiques au profit d’un langage « aseptisé ». Les transferts de compétences vers ces EPCI se font souvent au prix d’une dilution des responsabilités, où les maires et élus locaux voient leur rôle réduit à des délégations partielles, rendant l’imputabilité floue.

 Les pactes de gouvernance, adoptés après avis des conseils municipaux, renforcent cette dynamique en imposant des mécanismes de restitution ou de délégation qui compliquent encore plus la chaîne de décision.

Résultat : les débats locaux sont étouffés par des couches administratives interminables, encourageant une uniformité de pensée où les idées originales ou contestataires sont diluées dans un océan de compromis. In fine, cela enferme la pensée dans une “pensée unique”, perpétuant un statu quo qui profite aux élites établies tout en centralisant le pouvoir loin des citoyens.

La domination centriste et le contrôle de l’information.

Enfin, cette hégémonie du centre aboutit à un contrôle insidieux de l’information, transformant la modération en outil de surveillance généralisée. En France, la concentration des médias entre quelques grands groupes menace le pluralisme : des milliardaires extérieurs au secteur acquièrent des empires médiatiques pour influencer l’opinion, dans un cadre réglementaire inadapté aux défis numériques.

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) est censée veiller au pluralisme, mais ses outils permettent surtout une censure euphémisée sous couvert de régulation. L’Arcom, elle-même aux mains de la bureaucratie centriste, punit toute voix dissidente, comme en attestent les multiples sanctions infligées à des chaînes comme CNews pour des propos considérés comme déviants, totalisant par exemple 52 sanctions contre C8 et CNews en douze ans, dont 16 rien qu’en 2024. Des amendes ont été prononcées pour incitation à la discrimination ou manquements au pluralisme, illustrant comment l’Arcom cible les discours qui s’écartent de la ligne centriste.

Cette domination voit dans tout discours authentique un danger : les voix dissidentes sont taxées d’extrémisme, justifiant une surveillance accrue. Par exemple, La France Insoumise (LFI) a récemment été qualifiée d’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, une classification contestée par le parti mais qui illustre cette stratégie de marginalisation. De même, l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement National (RN) sont systématiquement étiquetés d’extrême droite par les médias et les institutions, renforçant l’idée que toute déviation est nécessairement extrémiste.

Le cadre européen, comme l’European Media Freedom Act (EMFA), présenté comme un outil de protection de l’indépendance des médias, est en réalité légalement défectueux et politiquement dangereux, risquant de devenir une lettre morte ou un instrument pour étouffer les oppositions sous prétexte de régulation, favorisant une censure privée sur les plateformes numériques.

Ironiquement, le vrai danger n’est pas dans les marges, mais au centre : cette pensée unique impose une uniformité qui étouffe la liberté d’expression, transformant la démocratie en un régime de contrôle où les « modérés » deviennent les censeurs en chef.

En conclusion, le centrisme n’est pas une vertu, mais un extrémisme subtil qui, sous prétexte de compromis, impose une uniformité destructrice. L’abstention massive en est la preuve criante, révélant un système qui aliène les citoyens. Pour revitaliser la démocratie, il faut questionner ces mécanismes, scrutin à deux tours, bureaucratie pléthorique et régulation médiatique, et ouvrir la voie à des discours plus authentiques. Sinon, le « centre » continuera d’être le seul véritable extrême, menaçant la pluralité qui fonde toute société libre.

Partager cette publication

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *