De Gaulle et « l’ami américain »
Je n’avais pas lu « L’ami américain », essai d’Éric Branca, qui fut longtemps journaliste à « Valeurs actuelles », lors de sa première édition parue en 2017.
Je viens de réparer cette lacune et la lecture vaut vraiment la peine.
Utilisant des archives déclassifiées (notamment celles de la CIA), l’auteur montre que les États-Unis se sont presque constamment opposés à la politique d’indépendance du général De Gaulle.
J’ai lu avec un intérêt particulier les pages sur la volonté américaine d’installer une autorité d’occupation (l’AMGOT), avec sa monnaie, son découpage territorial et son administration, dans la France « libérée » – et la façon dont le chef de la France libre contrecarra ce projet.
On lira également avec intérêt les pages sur la façon dont De Gaulle envisageait de s’opposer à l’hégémonie du dollar en imposant une sorte de retour à l’étalon-or.
Mais tout mérite une lecture attentive. Jusqu’à la destruction de la politique gaulliste par ceux qui prétendaient lui être fidèles – notamment Nicolas Sarkozy.
Ce livre éclaire puissamment sur la guerre que nous livrent dans l’ombre nos alliés qui semblent n’envisager cette alliance que sous l’angle de la vassalité.
Ce livre est également l’occasion d’une réflexion profonde sur l’indépendance nationale.
Évidemment, cette réflexion redevient particulièrement pertinente en ces temps où la géopolitique se rappelle à notre bon souvenir – pendant que nos oligarques continuent à rêver de mondialisation heureuse et de paix perpétuelle.
Mais il me semble que cette remarquable étude devrait être placée en contrepoint d’autres travaux historiques – tout spécialement ceux d’Henri-Christian Giraud, notamment sur De Gaulle et les communistes.
Je comprends en effet sans peine qu’un patriote français n’apprécie guère le fait de prendre ses ordres à Washington.
Mais, sans être un inconditionnel de Roosevelt, je ne vois pas comment le comparer à un monstre comme Staline.
Bien sûr, le général De Gaulle n’avait aucune sympathie pour le communisme. Mais, à plusieurs reprises, il choisit l’alliance communiste.
Ce fut notamment le cas à partir de 1943.
Au lieu de tendre la main aux Français qui avaient soutenu le maréchal Pétain, et dont l’immense majorité était d’un patriotisme irréprochable, il préféra l’alliance avec Staline d’une part et avec le PCF de l’autre – ce PCF qui avait saboté nos armements en 1939-1940 et applaudi au pacte germano-soviétique –, avec tout ce que cela impliquait de guerre civile.
De même, Éric Branca prend manifestement les partisans de l’Algérie française pour des illuminés à la solde de l’étranger (en l’occurrence l’OTAN).
Il semble pourtant logique que des officiers ayant lutté contre la subversion communiste se sentent effectivement proches des missions de l’OTAN. Par ailleurs, comment reprocher aux « officiers perdus » d’avoir tenté de protéger les Français d’Algérie et les harkis ? Surtout, on voit mal en quoi l’offrande de l’Algérie au FLN a pu faire progresser l’indépendance nationale.
Bref, cette étude d’Éric Branca est passionnante, mais elle gagnerait à ne pas laisser supposer que l’on ne saurait être patriote qu’à la condition d’être un gaulliste inconditionnel.
Laisser un commentaire