Dissolution et théâtre politicien
Depuis quelques jours, le Landerneau politico-médiatique bruisse de rumeurs de dissolution et de nouvelles élections législatives.
Il semble que ces rumeurs proviennent d’un « off » (ces informations faussement confidentielles qu’un homme politique de premier plan transmet à des journalistes pour qu’ils les diffusent – permettant ainsi tantôt d’envoyer un ballon d’essai, tantôt de déclencher la curée contre un adversaire politique, tantôt encore de désamorcer une bombe menaçante) du Premier ministre lui-même.
Plusieurs médias, dont France Info ou « Le Monde » (peu réputés pour leur hostilité au macronisme !), ont évoqué vendredi dernier ces bruits de couloir.
Lesquels tiennent en une phrase : Sébastien Lecornu aurait demandé au ministère de l’Intérieur d’étudier l’hypothèse d’une organisation des législatives en même temps que les municipales (15 et 22 mars prochains).
Inutile d’insister sur le fait que tout cela fleure bon le théâtre politicard.
En premier lieu, le ministère de l’Intérieur est assez bien placé pour connaître la situation politique de la France, pour savoir qu’aucune majorité n’existe à l’Assemblée et donc qu’une censure – et, corollairement, une dissolution – est toujours possible.
Si, tout à coup, « on » a tenu à nous informer de cette « hypothèse », ce n’est donc évidemment pas pour nous informer que ladite hypothèse était sur la table (tout le monde le sait depuis les dernières législatives) mais pour envoyer un message politique.
Bien sûr, ce dernier est connecté au dépôt de deux motions de censure (l’une déposée par le RN, l’autre par LFI).
Sans subtilité excessive, le gouvernement signalait donc aux députés en marge du « bloc central » (essentiellement les députés PS et LR) que, si, d’aventure, ils votaient l’une de ces motions de censure (qui, sans eux, ne peuvent aboutir), il y aurait dissolution.
Et surtout que cette dissolution aurait des conséquences graves sur ce qui reste de la puissance du PS et de LR, à la tête des exécutifs locaux.
Le PS et LR, qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes sur le plan national, continuent à compter de nombreux élus locaux et, si les prochaines législatives avaient lieu le même jour que les municipales, ce dernier scrutin serait, alors, davantage politisé et « nationalisé » – ce qui coûterait cher aux deux partis.
M. Lecornu dit donc en termes polis à ses interlocuteurs : vous pouvez me tuer, mais vous serez morts dans les semaines qui suivent ! Naturellement, ni le PS, ni LR n’avaient besoin de lui pour le savoir.
Ce Landerneau qui s’agite pour ne surtout pas bouger est bien digne de ce régime agonisant.
Selon l’antique modèle de la démocratie représentative, la plupart des commentateurs font mine de croire qu’il existe un gouvernement et une opposition prête à le remplacer.
C’est faux. D’abord, parce que le gouvernement gouverne bien peu. Mais surtout parce qu’il n’existe pas d’opposition visant à le remplacer : les oppositions de centre-droite et de centre-gauche semblent se satisfaire de ce « soutien sans participation » et les oppositions LFI et RN n’apparaissent pas comme des alternatives crédibles (que ce dernier point soit discutable est une autre question).
Quant aux médias, bien loin de forcer le gouvernement et l’opposition à assumer leurs positions, ils contribuent à détourner l’attention des questions essentielles.
Décidément, ce microcosme est lamentable !
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