Double féminicide et laxisme judiciaire

Double féminicide et laxisme judiciaire

De l’actualité de ces derniers jours a émergé le meurtre de deux femmes par un père de famille en cavale.

Un double féminicide : l’ex-conjointe du meurtrier, prise en otage par lui quelques jours auparavant, avec leur fils âgé de 12 ans, et la nouvelle compagne de l’intéressé embarquée dans cette équipée peut-être contre son gré, avec leur fille de quelques mois.

Le criminel correspond sans doute, vu ce que la presse nous dit de sa personnalité excessive, à la catégorie des « caractères mauvais » identifiée par Rawls dans « Théorie de la justice ». À savoir, celle d’individus dont la violence fait craindre le pire et qui, bien souvent, l’accomplissent.

Cette affaire marque un degré dans l’horreur car il s’agit d’exécutions à intervalle de quelques heures de deux personnes respectables, de surcroît mères de famille. Il y a dans ces actes comme une forme de désolante gratuité. À moins qu’il ne se soit agi pour le tueur d’affirmer une sorte de morbide toute-puissance.

Revient dès lors la question récurrente : comment un tel drame peut-il se produire ? Soyons clairs, dans ce dossier, la société n’est pas exempte de reproche.

Si des gens succombent à leurs pulsions, c’est aussi parce que les institutions ne sont pas assez fortes pour les en dissuader.

Dans les années 1970-80, notre pays s’est lancé dans une démarche d’humanisation de la justice pénale. Cela s’est traduit notamment par une limitation des peines d’enfermement et, corollairement, par l’institution d’un droit à la réinsertion. C’est ainsi qu’un criminel n’encourt aujourd’hui que la fausse perpétuité de 30 ans, assortie d’une peine de sûreté bornée à 22 ans.

C’est le tarif convenu fixé par l’institution judiciaire en matière de châtiment. Et il est clair dans l’esprit de celle-ci, ainsi que dans celui d’une large fraction du monde judiciaire, qu’aller au-delà confinerait à l’inhumanité…

Le compte y est-il ? Avant de répondre à cette question, il y a un préalable : cerner ce qu’est un bon système pénal. Pour nous, c’est le système dont le ressort est propre à décourager le crime. Le renforcement de la dureté des peines apparaît comme le levier à privilégier. Ce qu’il faut, c’est optimiser le potentiel de dissuasion du système. Si, en cas de passage à l’acte, l’addition passe à 50 ans de réclusion au lieu des 22 sus-rappelés, cela peut arrêter le bras d’un furieux parti pour commettre l’irréparable.

Il paraît acquis que la part de naïveté que comporte notre système pénal actuel doit être gommée. Il faut revenir à une lecture saine de la réalité, si l’on veut que la banalisation du crime soit sérieusement combattue.

Un allongement significatif de la durée des peines – pourquoi pas la prison à vie en cas de crime délibéré ? – devrait permettre d’escompter une raréfaction du type de drame relaté ci-dessus. Signalé que le nombre annuel des féminicides se situe en France aux alentours de 150. La Doulce France célébrée par Ronsard est bien loin.

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