Du grisou et des hommes
Le grisou est, pour le mineur, l’ennemi mortel et le plus sournois, car il est inodore et incolore.
Pendant très longtemps, la sécurité du mineur de charbon n’a reposé que sur le courage du pénitent. Protégé seulement par une cagoule et une houppelande imprégnées d’eau (d’où son nom), le pénitent rampait jusqu’au front de taille en élevant la flamme nue d’une lampe au bout d’une perche pour brûler le grisou avant qu’il ne s’accumule. Cela finissait parfois très mal !
La sécurité fut grandement améliorée au début du XIXe siècle par l’invention de la lampe Davy, lampe de sûreté dont la flamme est entourée d’un treillis métallique à mailles très fines.
Cette flamme change de couleur en présence de grisou.
Malgré ce progrès, en 1906, se produisit la catastrophe de Courrières, qui fit plus de 1 000 morts, et dont le souvenir reste très vivant dans le bassin du Nord-Pas de Calais.
Aujourd’hui encore, malgré les méthodes de détection les plus modernes et des règles de sécurité draconiennes, le charbon reste, et de loin, l’énergie la plus coûteuse en vies humaines.
Or le grisou n’est explosif qu’à l’intérieur d’une fourchette de concentrations dans l’air : entre 5 % et 15 % environ.
À faibles concentrations, le grisou brûle mais n’explose pas, d’où le rôle du pénitent et de la lampe Davy.
À fortes concentrations, le grisou n’explose plus, mais provoque la mort par asphyxie.
Il en va des mélanges de populations de cultures et de religions différentes comme des mélanges d’air et de grisou.
À faibles concentrations, la situation est encore tenable. Certains signes annoncent, comme la lampe Davy, l’approche de tensions. Des « grands frères » peuvent jouer le rôle de pénitents et tenter d’éviter la montée d’affrontements.
Puis, on entre dans une zone de conflits où la violence explose au moindre incident.
Enfin, au-delà d’une certaine concentration, ce sont les nouveaux arrivants qui font la loi, car ils se considèrent chez eux.
Les autochtones finissent par abandonner le terrain pour éviter l’asphyxie, tels les Serbes du Kosovo.
Nier ces phénomènes relève de l’ignorance, de l’angélisme, de l’irresponsabilité, ou du cynisme.
Laisser un commentaire