Humiliation
Les médias et les réseaux sociaux ont beaucoup commenté (et souvent moqué) la « prestation » d’Emmanuel Macron au Forum de Davos, le 20 janvier dernier.
Il faut reconnaître qu’avec ses lunettes de soleil à la « Top Gun » et ses « For sure » tonitruants, Jupiter a su répondre aux exigences de la société du spectacle.
Et, comme tout le monde, j’avais regardé, mi-goguenard, mi-consterné, ce théâtre grotesque, où le chef de l’État français parlait anglais, torpillant ainsi la francophonie qu’il fait mine de défendre sur les rives du fleuve Congo – et qui constitue un « avantage compétitif » trop méprisé pour notre pays et nos entreprises.
Cependant, quelques jours après, j’ai fait l’effort de lire le texte de l’intervention présidentielle. Et je dois avouer que, cette fois, je suis beaucoup plus consterné que goguenard !
D’abord, on ne compte plus les passages où Dr Jekyll-Emmanuel vient vanter à Davos la politique que Mr Hyde-Macron a détruite à Paris.
Ainsi, l’orateur (le comédien ?) invite-t-il à protéger, simplifier et investir. Protéger quand il a ouvert nos frontières à tout vent ; simplifier, quand il ne cesse de produire toujours plus de normes ; investir, quand il taxe à qui mieux mieux.
C’est se moquer du monde.
Appréciez aussi cette solennelle déclaration (venant d’un fédéraliste déclaré et d’un homme qui a largement contribué à l’asservissement de la France à des puissances étrangères) : « La France et l’Europe sont attachées à la souveraineté nationale et à l’indépendance. » La parole des politiciens n’a décidément aucune valeur !
Mais le plus intéressant peut-être réside dans ce passage : « Je voudrais exclure deux approches. La première, ce serait d’accepter passivement la loi du plus fort, entraînant la vassalisation et une logique de blocs. La seconde approche serait d’adopter une posture purement morale. Cette option nous condamnerait à la marginalisation et à l’impuissance. »
On ne voit pas bien ce qu’Emmanuel Macron a pu faire, dans l’ordre international, à part accepter notre vassalisation, tout en commentant de façon bavarde la marche du monde.
J’ignore si M. Macron croit à ce qu’il dit, s’il a autant de « vérités » que de publics, ou s’il se moque de son propre discours. Mais donner, dans la langue du suzerain, devant un aréopage de personnalités mondiales de premier plan, un discours reconnaissant à demi-mot notre impuissance, a quelque chose de profondément humiliant pour la France – bien plus humiliant que le mépris que Donald Trump servit à Macron le lendemain au même micro !
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