La douche froide des municipales
Le 15 mars, c’est une bien drôle de configuration qui s’est manifestée dans les urnes : des candidats que l’on donnait favoris talonnés par les sortants ; des sortants que l’on disait en danger mais qui survivent ; des maires qui blindent leur bastion démontrant que cette élection obéit aussi au réflexe de l’adhésion à une personne ; une gauche radicalisée qui obtient des résultats honorables dans les métropoles ; un RN qui progresse dans ses bastions et dans le périurbain ; une droite classique déjà fragile qui réalise parfois des scores de petits partis ; et, enfin, un agrégat « central », anciennement macroniste, qui s’effondre, à un an de la prochaine présidentielle.
À cela s’ajoutent des seconds tours qui ne seront plus des duels, mais des affrontements opposant trois, quatre ou cinq listes – si ce n’est plus. Le seuil de qualification au second tour de 10 % des suffrages exprimés se révèle pervers dans des grandes villes où la logique partisane est plus forte. On peut d’ailleurs s’interroger sur son utilité dans des villes comme Paris, où elle place les « petits » candidats dans des situations de chantage.
Mis à part Cannes, Marseille, Nice ou même Le Havre, les résultats démontrent une disparition de la droite dans les grandes villes. Pour la droite, en effet, c’est un échec dû en partie à une France qui continue à s’archipéliser et à son faible impact auprès d’un public sensible à la gauche, que ce soit dans les beaux quartiers, dans les banlieues, mais aussi chez les étudiants.
Mélenchon a aussi bien profité d’un électorat étudiant que d’un « effet Gaza », en récupérant des électeurs en colère. Contrairement à des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, la bourgeoisie française est sensible aux contestations « radicales » (antifas, etc.) – une donnée évidente depuis la Révolution française.
Enfin, c’est peut-être à un tournant comparable à celui de 1965 que l’on assiste – tournant que la droite n’a pas médité. En effet, à cette époque, la disparition d’une France catholique et conservatrice que l’on retrouvait dans les territoires périphériques (l’Ouest, le Massif central ou encore dans l’Est) avait profité à la gauche. Cette fois-ci, le mouvement s’accélère. Faut-il rappeler les conséquences d’une pratique religieuse de plus en plus faible ? Aujourd’hui, ce sont les territoires ultimes de la droite qui disparaissent, même s’il existe encore quelques viviers – les arrondissements de l’Ouest parisien, par exemple –, mais pour combien de temps ?
À cela s’ajoute une forte abstention (58 %, ce qui constitue un record), car l’élection n’a guère passionné les électeurs, à l’image de campagnes ternes, condamnées à de la gesticulation sur les réseaux sociaux.
On rappellera que ce sont les électorats les plus instruits qui votent et, dans un système où la doxa reste de gauche, les plus « capés » se mobilisent. La droite disparaît car elle ne dispose plus d’électorats captifs et les nouveaux entrants sur le marché électoral (les jeunes) lui échappent massivement.
À Paris, l’écart entre Dati et la gauche a été creusé, démontrant le caractère non seulement prédictif des sondages, mais aussi incitatif. Le scénario d’une Dati talonnée par une gauche sortante que l’on disait affaiblie après vingt-cinq ans de gestion socialiste s’est bien réalisé. Ses réserves sont trop dispersées : des Bournazel ou des Knafo à plus de 10 %, qui peuvent d’offrir le luxe de se maintenir en vue du second tour. Et même en obtenant la fusion avec l’un (Bournazel) ou la bienveillance de l’autre (le retrait de Knafo ou le report de ses électeurs), ce ne sera pas suffisant, car la dynamique n’est pas à droite (Emmanuel Grégoire est donné à 38 % et peut même gagner dans une quadrangulaire). Surtout, il deviendra difficile d’agréger des électeurs différents : comment unir ceux de Knafo et ceux de Bournazel, mais en ménageant ceux de Dati qui se sont disciplinés dès le premier tour ?
Sur ce plan, nous ne sommes plus au temps de l’UMP, qui pouvait réunir des électeurs de sociologies différentes. La droite « interclassiste » a bien disparu. Et l’« union des droites » est plus difficile à réaliser dans les métropoles que dans des communes de taille moyenne car, tout simplement, son vivier électoral y est plus limité.
Dans ce sombre paysage, que faire alors ? Tout d’abord, appuyer les élus de droite en ballottage, favorable ou non, et ne pas se tromper d’ennemi. Faire barrage à une gauche prête à s’appuyer sur les Insoumis et qui envisage des fusions (Toulouse, Besançon, etc.). Et ne pas oublier qu’il existe encore des réserves, notamment dans l’abstention.
Jean-François Mayet
Politologue
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