Le Liban va-t-il disparaître ?

Le Liban va-t-il disparaître ?

Les hasards de l’existence ont fait que j’ai assisté aux premiers coups de la guerre en Iran depuis le Liban – dont il n’était pas besoin d’être grand clerc pour deviner qu’il serait immédiatement concerné.

Cela m’a valu quelques annulations de vol et donc quelques jours de présence forcée dans un pays en proie au chaos – et aussi une vision assez différente de celle que l’on a en Occident.

La première chose que l’on devine à peine à Paris, mais qui saute cruellement aux yeux à Beyrouth, c’est que les plus faibles sont aussi ceux qui souffrent le plus dans un pays sans État – ce qui est, hélas, le cas du Liban qui n’a pas encore réussi à soigner les blessures de la guerre civile.

Dans un pays plus petit et moins peuplé que l’Île-de-France (moins de 10 500 km2 et moins de 6 millions d’habitants), il y eut, dès les débuts des bombardements israéliens, des centaines de milliers de déplacés (on parle, à la mi-mars, après deux semaines de guerre, de 800 000 déplacés). C’est d’autant plus énorme que le pays compte aussi un demi-million de réfugiés palestiniens et plus d’un million de réfugiés syriens. Autant dire que les Libanais qui habitent chez eux et au milieu d’autres Libanais sont pratiquement minoritaires dans leur propre pays !

C’est évidemment un immense drame humanitaire. Mais c’est aussi une tragédie politique et religieuse.

Politique car, je le disais, l’État libanais ne s’est jamais vraiment rebâti depuis le début de la guerre civile en 1975 et que, systématiquement, quand le pays commence à souffler, un nouveau drame vient lui enfoncer de nouveau la tête sous l’eau.

L’essentiel de la tragédie actuelle tient en une phrase : l’armée libanaise est plus faible que celle du Hezbollah et cette dernière sert les intérêts de l’Iran avant ceux du Liban. Inutile de dire qu’aucune puissance (ni régionale, ni mondiale) n’a bougé le petit doigt pour aider l’armée libanaise à désarmer le Hezbollah. Et aucune puissance ne bouge non plus le petit doigt pour empêcher que l’armée israélienne n’accélère l’effondrement sous couvert de désarmer elle-même le Hezbollah.

Seule la France aurait pu le faire mais, dirigée comme elle l’est, elle se contente de gesticulations grotesques et humiliantes.

Cependant, il y a pire : il est aujourd’hui assez vraisemblable que le but de Tsahal au Liban, dépassant le démantèlement du Hezbollah, soit désormais l’occupation durable du sud.

Ce qui entraîne que l’expulsion ne vise pas seulement le Hezbollah, ni même seulement les villages chiites, mais aussi beaucoup de villages chrétiens.

Et cela m’amène à l’aspect religieux de la tragédie : il y a fort à craindre que les derniers chrétiens du Proche-Orient ne disparaissent rapidement – songeons à l’Irak où ils sont passés de 1,5 million en 2003 à moins de 500 000 aujourd’hui. En particulier, les élites chrétiennes sont de plus en plus tentées par l’exil, ce qui ne pourra qu’aggraver le sort du « petit reste ».

Ajoutons qu’une autre conséquence de l’occupation israélienne devient probable (et elle est déjà dans tous les esprits à Beyrouth) : l’occupation de la Bekaa par la Syrie. Ce qui signifie que le Liban pourrait être amputé de la moitié de sa superficie par ses deux puissants voisins.

J’ignore si l’objectif d’une élimination du Hezbollah par Israël est raisonnable. Je crois que, dans les guerres asymétriques de ce genre, les puissants ne peuvent obtenir qu’une victoire à la Pyrrhus – au mieux. Mais ce qui est certain, en tout cas, est que cette élimination me réjouirait s’il ne fallait pas la payer d’un prix si lourd !

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