Le retour des bigots de l’athéisme d’État

Le retour des bigots de l’athéisme d’État

En France, l’Église fut longtemps une institution consubstantielle à l’État.

Le découplage au sein de cette dyarchie, amorcé sous la Révolution, trouva son accomplissement avec la loi du 9 décembre 1905 prononçant la séparation de l’Église et de l’État.

Ainsi était mis fin à un compagnonnage plus que millénaire entre le trône et l’autel.

La France devenait une république laïque, c’est-à-dire une construction politique bâtie sans référence à un culte, et même s’en défiant.

La réalité historique conduit à rappeler que cette loi ayant pour objet la libération des esprits de l’emprise exercée sur eux par le discours catholique – en un mot, de l’obscurantisme supposé qu’il recélait – fut une loi de combat destinée à abattre l’Église en tant que force politique. De la bouter hors du système des pouvoirs.

Pour ce faire, les autorités cherchèrent à affaiblir l’Église matériellement.

C’est ainsi qu’en 1903 intervint une loi de suppression des congrégations, lesquelles étaient un élément de la puissance de l’Église.

On vit aussi nombre de maires républicains – la mode fut un temps aux « bouffeurs de curé » – s’opposer aux processions, soit en les interdisant purement et simplement, soit, plus subtilement, en les contrecarrant et en détournant l’itinéraire attendu par les fidèles.

La jurisprudence administrative des années 1920-1930 fourmille de jugements rendus sur des litiges à ce sujet.

On vit même, dans les années suivant le vote de la loi, le ministre de la Fonction publique interdire à un prêtre de se présenter au concours d’agrégation, et le conseil d’État valider la décision.

Au quotidien de la vie des Français, le ressort de la loi, à savoir le principe de laïcité, a pour objet d’instaurer une société de respect mutuel entre les personnes.

Une société où chacun respecte la croyance ou la non-croyance de l’autre, tandis que règne l’égalité de traitement comme règle d’accès aux services publics.

Face à un usager, un agent public doit accomplir son office sans restriction aucune, même s’il sait que la personne face à lui n’a pas les mêmes idées au plan politique, ou la même religion.

C’est la neutralité exigée des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions, laquelle a concouru fortement à faire de la France une société égalitaire.

La neutralité a contribué à un réel apaisement dans notre pays et, quelque part, au bonheur d’y vivre.

Sauf que d’aucuns sont toujours dans l’esprit de confrontation qui animait certains des auteurs de la loi.

On sait les attaques récurrentes contre l’enseignement catholique menées depuis des décennies par la gauche et les syndicats d’enseignants du public.

Dernier avatar de cette lutte, l’assujettissement à la délivrance d’une autorisation administrative de la pratique de l’école à la maison.

Or, comme par hasard, ce sont plutôt les familles catholiques qui sont adeptes de cela.

L’offensive a lieu aussi au niveau des villes à propos de Noël avec l’activisme de l’Association Les Libres Penseurs.

Sur requête de ses sections locales, des municipalités ont dû au cours de ces dernières années retirer la crèche installée dans l’hôtel de ville au moment des fêtes.

Tout dernièrement, c’est la ville des Sables d’Olonnes qui s’est vu enjoindre par le juge administratif, suite à un recours de la libre-pensée, d’enlever d’une place publique une statue de Saint Michel, au motif que celle-ci constitue un emblème religieux dans un espace public

Ces décisions paraissent rétrogrades en ce qu’elles ressuscitent une laïcité de combat anti-catho. Mais la loi de 1905, dont nous rappelons ci-dessus certains des mérites, est aussi une loi qui visait à la déchristianisation de la France.

L’objectif escompté était bien de parvenir, à terme, à ce qu’un maximum de Français se détournent de l’Église.

Il ne faut dès lors pas s’étonner que ce texte ait débouché sur un athéisme d’État prédateur. Ses tenants veulent toujours plus de laïcité à leur mode sourcilleuse.

Le problème pour les bigots formatés de la libre-pensée – et cela les chagrine –, c’est qu’ils ne peuvent pas effacer de la tête de nos compatriotes mille ans d’histoire.

L’Église demeure dans l’ensemble une institution estimée par ces derniers. Les auteurs de la loi avaient d’ailleurs intégré cet historique incontournable à leur réflexion.

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