Le théâtre de l’antifascisme
La mort tragique du jeune Quentin Deranque a été l’occasion, pour la caste jacassante, de remettre le couvert sur la question de « l’antifascisme ».
Mais le débat a été admirablement escamoté – et, bizarrement, les politiciens de droite ne semblent pas s’en offusquer, voire participent à la confusion générale. Toute la question semble de savoir si les « antifas » usent ou non de méthodes « fascistes ». Or, le problème ne se situe nullement à cet endroit : il consiste bien plutôt à définir le « fascisme ».
On se souvient de la déclaration de Lionel Jospin : « Durant les années du mitterrandisme, tout antifascisme n’était que du théâtre, il n’y a jamais eu de menace fasciste. »
Naturellement, nous n’avions pas besoin de Lionel Jospin pour savoir que le fascisme était mort et enterré, mais l’aveu est de taille – surtout dans la bouche du candidat socialiste malheureux de 2002, dont l’échec nous avait offert les grotesques défilés anti-Le Pen.
Mais Lionel Jospin ne fut pas simplement un dirigeant socialiste de premier plan ; il fut aussi (surtout ?) un militant trotskiste.
Or, tout le drame de ce « théâtre » réside dans le tour de passe-passe de l’internationale communiste (la IIIe internationale lénino-stalinienne d’abord, puis la IVe lénino-trotskiste). Désireux d’imposer une stratégie de « front populaire » (alliance avec les socialistes vilipendés la veille), Staline le fit sur une ligne « antifasciste » : tous les partis de droite étant arbitrairement qualifiés de « fascistes », les partis de gauche étaient « invités » à rejoindre le front antifasciste sous tutelle moscoutaire.
Tout dans cette affaire relevait du mensonge et de la propagande. Le fascisme est né à gauche. Il n’a jamais renié son attachement au socialisme et même son nationalisme n’a rien à voir avec celui de Maurras ou de Salazar et tout avec l’idéologie révolutionnaire. En sens inverse, la gauche n’est pas spécialement antifasciste : plusieurs des principaux collaborateurs français de l’Allemagne nazie venaient du PCF ou de la SFIO, et, surtout, lorsque les troupes allemandes arrivèrent à Paris, Staline et les communistes étaient leurs alliés.
C’est qu’en réalité, pour un léniniste (et cela reste vrai jusqu’à Mélenchon), le fascisme ne désigne pas une idéologie particulière, mais le mal absolu, selon le manichéisme en vigueur dans la secte. Les communistes s’étant arrogés le monopole de l’antifascisme (dont ils condescendent fort aimablement à honorer tel ou tel de leurs alliés de circonstance), et étant par définition le bien absolu, tout cela était fort logique – mais aussi absurde puisque reposant sur une contre-vérité.
On me dira peut-être que le communisme n’a plus guère d’importance. Voire. Il continue à régner sur les esprits (sans parler du fait qu’il gouverne encore un bon cinquième de l’humanité). Mais surtout, le communisme n’est pas une comète, apparue et disparue brutalement dans le ciel des idées politiques, il est l’héritier et le héraut contemporain d’un millénarisme bien plus profond, qui est arrivé au pouvoir avec le jacobinisme.
Prétendant faire le bonheur des hommes malgré eux, cette idéologie révolutionnaire mute périodiquement mais conserve ses principes fondamentaux : la réalité doit s’adapter à l’utopie ; comme le but des révolutionnaires est le bonheur des hommes, ceux qui ne les soutiennent pas avec enthousiasme sont des monstres à éliminer…
Cela n’a donc aucun sens d’accuser Jean-Luc Mélenchon ou ses alliés d’être des « fascistes ». Il faut bien plutôt démonter leur propagande et rejeter leur idéologie mensongère.
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