Les métastases de l’affaire Epstein
Le 30 janvier dernier, le Département américain de la Justice a déclassifié environ 3 millions de documents relatifs à l’affaire Epstein – du nom de ce financier de Wall Street, condamné pour de nombreuses agressions sexuelles sur mineures, et retrouvé mort (dans des circonstances pour le moins nébuleuses) dans sa cellule en 2019.
Cette affaire Epstein empoisonne la vie politique américaine depuis de nombreuses années car plusieurs hauts responsables économiques et politiques du pays (et de tout le monde occidental) ont été en contact avec l’intéressé, de Bill Gates à Donald Trump et du prince Andrew d’Angleterre à Bill Clinton. Et l’affaire alimente tous les fantasmes.
On a beaucoup parlé de « l’île des prédateurs » que possédait Epstein à Palm Beach (Floride). Désormais, il est davantage question d’une gigantesque opération de « kompromat » menée, selon les auteurs, par Vladimir Poutine ou le Mossad.
Il est assez vraisemblable que nous ne saurons jamais la vérité. Et que nous ne saurons pas si les personnes mentionnées dans les dossiers de cette tentaculaire affaire étaient des contacts d’affaires, des relations mondaines ou des comparses des crimes sexuels d’Epstein.
Ce qui est certain, c’est que cela révèle un niveau assez glaçant de corruption morale de la « upper class » mondiale.
Mais le plus surprenant, c’est ce que cette affaire révèle de l’information dans le « Tchernobylistan » français : comme le nuage de Tchernobyl, l’information semble en effet s’arrêter à nos frontières.
Alors que la presse britannique enchaîne révélation sur révélation – et impose les démissions de nombreuses célébrités –, alors que la presse américaine a forcé des hommes aussi puissants que Bill Gates à faire amende honorable, tout se passe comme si le sujet ne concernait pas les Français.
Ce n’est, hélas, pas vrai.
D’abord parce que le financier avait un hôtel particulier à Paris où il est probable qu’il ait exercé ses discutables talents avec de prestigieux complices. Mais aussi parce que plusieurs personnalités françaises sont mentionnées dans les carnets du financier.
Notons que ces carnets sont déclassifiés depuis 2019. Nos confrères de « Faits et Documents » y avaient consacré plus de dix numéros, avec probablement des centaines de biographies succinctes.
Aujourd’hui, tout le monde fait mine de découvrir ce réseau criminalo-politico-financier glauque, mais l’on ne peut s’empêcher de penser que les médias bien-pensants sont surtout en train d’essayer de détourner l’attention.
Il semble cependant qu’il sera difficile de sauver Jack Lang – en bonne place dans ces dossiers Epstein, même s’il clame, comme de juste, avoir tout ignoré des activités du financier, mais dont la fille a créé une société offshore dans les îles Vierges (dont le nom semble étrangement ironique dans ce contexte sordide…) avec ledit financier ! Mais, à l’heure où j’écris, il n’est question que de démissionner de l’Institut du Monde Arabe, ce qui n’est pas un châtiment particulièrement brutal.
J’ignore naturellement comment ce grand déballage va finir. Mais j’attire l’attention de nos « chers » dirigeants sur un fait : les scandales qui ont entaché les dernières années de l’Ancien Régime étaient sensiblement moins crapoteux et moins nombreux que ceux de notre époque pourrissante. Pourtant, ces « grands » qui se croyaient au-dessus des lois du petit peuple ont payé cher leur arrogance et leurs turpitudes… Les mêmes causes pourraient bien produire les mêmes effets.
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