Mélenchon et le grand remplacement
Le 22 janvier, lors d’une réunion de soutien à François Piquemal, candidat LFI à la mairie de Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a déclaré : « Nous avons besoin d’élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité, de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre parce que c’est comme ça depuis la nuit des temps. »
Jordan Bardella répondit sur X : « Jean-Luc Mélenchon défend l’éclatement communautaire, l’ère des minorités contre le peuple et les revendications de l’islam politique. Nous voulons, nous, incarner l’unité nationale et le sursaut français. »
À quoi Jean-Luc Mélenchon rétorqua : « Jean-Marie Le Pen était un “Français de souche”. Pas vous. Pourtant, vous le “grand remplacez” à son poste et dans ses idées. C’est le mécanisme de la vie. C’est ça la nouvelle France. »
Naturellement, on peut applaudir l’artiste : Mélenchon a su « créer le buzz », comme y incitent les réseaux sociaux.
Mais, sur le fond, sa déclaration mérite l’attention.
Tout dans sa phrase attire l’attention sur le « grand remplacement » au sens où la plupart des Français le comprennent (le remplacement d’une population « autochtone » par une population d’outre-Méditerranée).
C’est évidemment en ce sens qu’Éric Zemmour ou Renaud Camus parlent de « grand remplacement ». Et il est remarquable que les dirigeants du RN refusent d’en parler, attachés exclusivement à la dimension politique et même, plus précisément, juridique de la nationalité française. De la même façon, les dirigeants du RN n’opposent pas à l’islamisation la culture historique de la France mais la laïcité – au sens du concept juridique de neutralité de l’État.
En un mot, le RN défend la souveraineté française mais n’est pas à l’aise avec l’identité.
C’est ce que la campagne d’Éric Zemmour en 2022 avait montré. Et c’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon a voulu attirer Jordan Bardella sur ce terrain.
Cependant, il ne peut le faire qu’en jouant sur les mots. Car le « grand remplacement » dont il prétend parler ne serait plus une invasion, mais le simple et naturel changement de génération.
Le dirigeant LFI s’offre ainsi le luxe d’apparaître à la fois comme le tribun de la France issue de l’immigration et comme le tribun de la jeunesse. Alors que les deux sont faux : une part considérable de la population d’origine immigrée ne vote pas ou rejette LFI ; et la jeunesse vote majoritairement RN.
En tout cas, la saillie de Mélenchon contribue à brouiller encore l’analyse lucide de la situation. En revanche, elle a un intérêt majeur : elle pourrait forcer le RN à intégrer enfin dans son « logiciel » la question de la culture et de l’identité. Car non, tout n’est pas soluble dans la nationalité française – et il faudra bien, tôt ou tard, que nous puissions dire à quelles conditions un immigré peut devenir français. On peut reprocher à Éric Zemmour la brutalité avec laquelle il a mis cette question sur la table, mais on ne pourra indéfiniment l’ignorer.
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