Nouvelle attaque contre l’enseignement privé
Le service de l’enseignement est, en France, partagé entre une institution d’État, l’Éducation nationale, qui accueille environ 80 % des élèves, et divers établissements privés, principalement catholiques.
En 1977, le Conseil constitutionnel a consacré l’existence de ce secteur privé comme composante du service public d’enseignement.
Mais, soucieux que les futurs citoyens soient issus d’un moule unique, de sorte que soit garanti leur profil de « bons républicains », la gauche, lorsqu’elle est au pouvoir, remet sur le chantier, une vieille lune : l’idée de l’école unique.
C’est ce qui a été tenté en 1984 avec le projet du ministre Savary – sauf que, devant l’ampleur du refus des familles attachées à l’enseignement privé, le pouvoir socialiste renonça à ce projet d’inspiration étatiste.
Cependant, cette perspective d’encadrement des enfants demeure à l’agenda des défenseurs de l’école dite « de la République », d’où des attaques récurrentes contre l’enseignement privé susceptibles de prendre un tour contourné, comme on va le voir avec l’indice de position sociale (IPS).
Celui-ci, présenté comme un simple outil statistique d’évaluation et d’analyse du système éducatif, n’est pas dépourvu d’arrière-pensée.
Courant octobre, l’Éducation nationale a rendu publics les IPS des collèges et des écoles élémentaires.
L’IPS s’analyse comme une unité de mesure confectionnée au sein des services du ministère ayant pour objet de déterminer le profil social des établissements sur la base des fiches individuelles des enfants.
En clair, l’administration cherche à cerner la nature de la population scolaire des établissements au regard de l’origine sociale des élèves qui les fréquentent.
C’est à l’évidence une démarche intrusive et l’on pourrait se demander si l’Éducation nationale ne sort pas du champ de ses attributions en se livrant à cette investigation fouillée.
Sauf que l’institution s’est assigné pour rôle, depuis toujours, de parfaire le modèle républicain égalitaire. Et, comme par hasard, l’IPS conduit à la conclusion que l’école privée serait ségrégationniste. Un monde entre enfants de familles dites favorisées. Un monde « d’entre soi » fermé à ceux qui ne sont pas du club. Que la population scolaire du privé ne soit pas si monolithique et que les établissements accueillent aussi les bons éléments issus de milieu modeste – ce qui a toujours été dans la tradition des écoles catholiques – ne trouble pas l’Éducation nationale.
Sur la base de cet indice ciblant les établissements parisiens et des grandes villes, il apparaît indubitable, pour elle, que l’école privée est une institution qui nuit à l’effectivité de l’égalité des chances. Or, celle-ci est une des valeurs phare de la République. L’enseignement privé doit, dès lors, s’expliquer.
Dans l’esprit des hiérarques de la rue de Grenelle, l’école privée a toujours représenté une forme de dissidence car l’école, comme la République, ne saurait être qu’une et indivisible. Le problème est que nombre de familles n’appartenant pas à la catégorie de la clientèle traditionnelle de l’école privée, lorgnent vers cette dissidence, la considérant comme un salut pour leurs enfants.
Pour mémoire, dans les années 60, ce qui est trop oublié, le public tenait le haut du pavé. Il rayonnait. La bourgeoisie préférait les collèges et lycées publics car le niveau y était réputé meilleur. Les fréquenter était appréhendé par les familles comme le moyen d’accroître les chances de succès à une époque où le taux de réussite au bac plafonnait autour de 50 %.
Que s’est-il passé depuis ? C’est sans doute la question que devraient se poser les dignitaires de l’éducation nationale au lieu de laisser dériver des brûlots de type IPS contre le privé.
Face à la désaffection vis-à-vis du public, le ministère ne reste pas inerte. La parade qui a été annoncée par le nouveau ministre : ce sera le renforcement de la mixité scolaire dans l’ensemble des établissements, autrement dit une normalisation. L’obligation faite au privé d’accueillir en nombre des enfants de tous milieux impactera image. Son aura d’institution-refuge, au sein de laquelle les enfants sont plus en sécurité et mieux encadrés, sera nécessairement altérée. C’est probablement l’objectif visé : détourner les parents du privé.
Comme on le voit, l’obstiné travail de sape contre le privé se poursuit, malgré la consécration jurisprudentielle de son existence. Le mammouth n’aime ni l’autonomie pédagogique, ni la concurrence !
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