Paris : du buzz, mais pas d’idées ?

Paris : du buzz, mais pas d’idées ?

À Paris, le premier tour, prévu le 15 mars prochain, est à moins de 45 jours. Et pourtant, c’est l’encéphalogramme plat au niveau des programmes des candidats, comme s’ils préféraient au débat de fond les postures et les buzz distillés sur les matinales et les émissions de fin de soirée.

À ce jour, Sarah Knafo se démarque avec un programme qui est le seul à figurer dans un document unique, ses concurrents se rabattant soit sur des propositions générales, soit sur des annonces ventilées sur Twitter.

On ne peut que s’étonner que les candidats soient incapables de donner des idées claires et deviennent des objets politiques non identifiables.

Emmanuel Grégoire, le candidat PS, réalise l’exploit de faire oublier qu’il appartient à la gauche aux commandes de l’Hôtel de Ville de Paris depuis 25 ans. Alors même que les scandales étrillent la gestion de l’équipe municipale. Comme si la montée des réseaux sociaux poussait plus les candidats au buzz et à la punchline qu’à l’échange argumenté.

Curieusement, alors que les habitants se plaignent de l’insalubrité et des problèmes de propreté, la droite n’a pas réussi à créer de dynamique et semble renouer avec le démon de la division, comme en témoignent les piques entre Bournazel, le candidat Horizons, et Rachida Dati, la candidate de la droite alliée à une partie du bloc central. Bournazel se défend d’attaquer Dati sur ses affaires, mais affirme quand même que l’élection de la ministre de la Culture soulèverait un problème d’« enjeu démocratique » au motif qu’il est difficile d’être élu pour être aussitôt convoqué dans un procès.

On ne saurait être aussi mesquin, même si le berger a répondu à la bergère quand Dati reprochait à Édouard Philippe de contribuer au risque de défaite à Paris par poulain interposé. La candidate LR semble avoir mal profité de la fenêtre de tir relativement favorable qui s’était ouverte au mois d’août dernier lorsque le Conseil constitutionnel avait validé la réforme électorale parisienne.

Ce sont plusieurs mois écoulés qui ont mal été mis à profit. Le temps est un mauvais maître, même quand on croit s’affranchir de ses contingences en négligeant le calendrier. Or, à peine lancée sur le « marché », Knafo réussit à inonder les réseaux sociaux de propositions qui, quoi qu’on pense de leur faisabilité, ont l’avantage de baliser le terrain et d’être identifiables comme on le voit avec son projet pour les voies sur berges.

Quant aux sondages, ils donnent des hypothèses différentes selon les configurations de second tour. Si Bournazel y accède, le risque est que Dati perde sans qu’on sache ce que donnerait une fusion. Si Sophia Chikirou, la tête de liste des Insoumis sur Paris, accède à cette qualification, c’est Emmanuel Grégoire qui est assuré d’être éliminé par Dati. Et surtout, un duel Grégoire-Dati donne 50-50 avec une large incertitude.

Quant au RN, il affirme, par Sébastien Chenu, être prêt à une alliance avec Dati au second tour, mais pas avec Sarah Knafo. Pourtant, si Thierry Mariani, qui part avec de faibles intentions de vote, veut accéder au second tour, il devra fusionner avec Knafo, mais à la condition qu’ils obtiennent respectivement au moins 5 et 10 % des suffrages exprimés. Knafo, elle, se déclare bien disposée envers Dati, mais la gauche sonne le tocsin contre cette dernière parce qu’elle refuse de qualifier Knafo d’extrême-droite.

Avec ce chiffon rouge imaginaire agité par Grégoire et même Bournazel, on voit le niveau de la campagne avec une gauche qui entend demeurer l’arbitre des élégances. Le résultat est que Dati doit récuser toute accointance avec Knafo au motif que les valeurs d’Éric Zemmour ne sont pas les siennes…

Faute de fond, la campagne débouche sur des attaques et des postures. D’aucuns diront que certaines candidates ne jouent pas que la municipale parisienne, mais les étapes d’après à l’instar de Chikirou ou de Knafo. Si le PS est battu, Chikirou pourra se réjouir de l’élimination du RN à Paris. Pourtant, les seconds tours ne sauraient masquer cette évidence : il y a certes plusieurs candidats, mais seuls ceux qui incarnent la droite et la gauche peuvent gagner l’élection. Pour faire simple, c’est Dati ou Grégoire : pas un candidat tiers. Autrement dit, au second tour, la question du vote utile et du report des voix se posera, au-delà de la question de la fusion qui concerne surtout les appareils politiques.

La question est, en fait, encore plus simple : comment tourner la page de vingt-cinq ans de gestion socialiste ?

Jean-François Mayet

Politologue

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