Paris : la défaite impardonnable ?

Paris : la défaite impardonnable ?

Pour l’élection de Rachida Dati à Paris, ce devait être l’alignement favorable des planètes avec un ingénieux cocktail censé apporter la victoire : un mode de scrutin supposé favorable, une gauche essoufflée, des scandales à répétition (les révélations sur l’état du périscolaire), un désistement de Sarah Knafo et une fusion avec Pierre-Yves Bournazel.

Mais le résultat est cinglant : Dati a largement perdu. C’est une nouvelle claque pour la droite parisienne qui n’arrive plus à prendre Paris, non par absence de volonté ou de motivation, mais parce qu’elle a de moins de moins prise sur l’écosystème parisien et que cela se vérifie d’élection en élection, malgré le réservoir électoral des arrondissements de l’Ouest.

Bien sûr, la personnalité de Dati n’a pas été indifférente : elle a clivé largement et, avec elle, ça passe ou ça casse, sauf que là, cela a bien cassé. Les affaires de Dati ont pesé et, dans le jeu politique, comme avec Fillon en 2017, cela contribue à discréditer une candidature, car l’électeur tend malheureusement à penser comme les médias. À force de lancer des paris risqués, avec des sommes de plus en plus grosses, on finit par tout perdre.

Il y a d’autres raisons conjoncturelles, comme la fausse et tardive réconciliation de la droite parisienne à l’automne 2025, alors que, quelques mois plus tôt, une partie des élus ferraillaient encore contre la réforme du mode de scrutin qui était censé faciliter l’accès à l’Hôtel de Ville.

La réconciliation s’est faite de façon superficielle. La réforme n’était pourtant pas dénuée de bon sens, mais peu anticipée, surtout quand le corps électoral parisien se chiffre à plus de 800 000 inscrits.

Quant au « plan » de Dati envisagé à son arrivée au ministère de la Culture en janvier 2024, il avait encore de l’intérêt quand Macron dominait son camp politique mais, depuis la dissolution ratée de juin 2024, le président a perdu le contrôle sur ses soutiens, y compris sur le parti dont il est pourtant le président fondateur.

En août 2025, quand la réforme du mode de scrutin parisien avait été validée par le Conseil constitutionnel, Macron subissait la fronde d’Horizons et de Renaissance – ou plutôt l’éloignement de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe…

Dati a-t-elle été victime collatérale d’une dissolution qui a affaibli le président de la République ? On peut le penser.

En politique, les circonstances de l’arène politique changent tout le temps et une configuration donnée peut tout à fait disparaître en quelques mois.

Enfin, l’arrivée de plusieurs compétiteurs susceptibles de prendre des voix à Dati n’a pas été évaluée à sa juste valeur : il y a d’abord eu celle de Pierre-Yves Bournazel affirmant soutenir un « Paris apaisé », puis celle de Sarah Knafo, qui a su marquer le terrain par des propositions chocs, mais pas dénuées de consistance.

Face à ses deux adversaires, l’équipe de Dati a oscillé entre plusieurs attitudes. Taper sur Bournazel n’a pas fait l’unanimité, mais attaquer Knafo n’a pas non plus contribué à redresser la position de Rachida Dati, qui a continué à pâtir d’un écart avec Emmanuel Grégoire, alors même que les intentions de vote augmentaient pour la jeune candidate.

Même le désistement de Knafo – un geste fort élégant et habile – n’a pas fait oublier les piques passées auprès des électeurs de la candidate de Reconquête.

Le résultat est que Dati n’a pas complètement fait le plein des voix, y compris dans des réservoirs réputés favorables.

Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans un volontarisme béat en extrapolant sur les mille et une erreurs de la candidate de la droite parisienne. Quand bien même Dati aurait été moins clivante, moins sulfureuse et mieux préparée, elle se serait heurtée au plafond de verre de l’écosystème parisien. La gauche est aux commandes depuis 2001, et les habitants ont bien changé.

On ne vit plus à Paris comme au temps de Jacques Chirac. Il ne s’agit pas seulement de faire le procès du logement social car, même dans des arrondissements de droite à fort taux de logements sociaux, on a largement voté pour le maire de droite, ce qui démontre qu’il faut éviter les équations primaires et simplistes.

De façon générale, les métropoles échappent de plus en plus à la droite classique qui ne sait plus parler à des électorats de plus en plus éclatés ou qui n’a tout simplement plus de points de contact avec eux parce qu’elle disparaît de l’espace social. Le hic n’est pas que la droite perd à nouveau : c’est juste que son électorat disparaît.

Jean-François Mayet

Politologue

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