Paris : le dilemme des petits candidats
À moins d’une semaine du scrutin municipal, la situation se corse à Paris avec des projections de premier tour qui font en réalité apparaître deux types de candidat : ceux qui font plus de 25 % (Rachida Dati et Emmanuel Grégoire) et ceux qui sont autour de 10 % (projection donnée pour les listes « modérées », Reconquête ou Insoumis).
Si Sarah Knafo a su se manifester en peu de temps, à grand renfort de communication et de plateaux télé, cela ne saurait faire oublier le véritable enjeu de cette municipale : battre la gauche et mettre fin à une gestion de qui dure depuis un quart de siècle.
Au fur et à mesure que l’on se rapproche du premier tour prévu le 15 mars, les études d’opinion donnent Rachida Dati gagnante face à Emmanuel Grégoire. Dans l’hypothèse d’un duel, elle l’emporterait sur Emmanuel Grégoire. Mais également en cas de triangulaire où concourraient en plus du candidat de gauche, soit Sophia Chikirou, la candidate Insoumise, soit Pierre-Yves Bournazel, la tête de liste Horizons-Renaissance.
Ce n’est que dans l’hypothèse d’une quinquangulaire (cinq candidats au second tour) que Dati est donnée perdante. Mais à ce stade, ce serait faire fi d’une logique élémentaire : la forte tendance au vote utile qui apparaîtra au second tour.
Même sans fusion, on peut raisonnablement supposer que les électeurs Insoumis ou Reconquête n’auront guère l’envie de donner les clés de l’Hôtel de Ville au candidat dont ils sont le moins proches. Dans ce cas, les candidats « alternatifs » aux forces politiques classiques risquent de faire les frais d’un enjeu dont on constate l’intériorisation au fur et à mesure que le premier tour approche : tout simplement faire élire la droite ou, au contraire, reconduire la gauche.
Les électeurs politisent en effet de plus en plus une élection dont on comprend qu’elle ne peut être emportée que par des « poids lourds ». L’élection parisienne est en fait un kaléidoscope qui rappelle l’élection présidentielle où se confrontent les grands et les petits candidats. Mais à la différence de la présidentielle, l’élection parisienne n’oppose pas un bloc central à un bloc périphérique, mais une droite à une gauche, nonobstant toutes les réserves que l’on peut faire sur ces expressions.
On comprendra alors la tournure que prend la campagne. Pour Sarah Knafo, il ne s’agit plus de présenter des films travaillés à l’IA vantant les propositions de la candidate, mais de tenter de récupérer des élus de droite sortants non reconduits dans les listes d’arrondissements. Il ne suffit pas d’avoir une notoriété nationale ou parisienne, mais aussi d’être connu localement. Si Paris est une métropole, c’est aussi un ensemble de villages où les habitants connaissent un peu leurs élus.
D’où cette tentative de débaucher ces élus sortants éconduits, qui restent de précieux sésames pour une crédibilité qui doit se créer dans chaque arrondissement.
Quant à Pierre-Yves Bournazel, sa médiocre prestation tenue lors d’une réunion publique au Cirque d’hiver de Paris n’a pas créé la dynamique escomptée, malgré le soutien de Gabriel Attal ou d’Édouard Philippe, qui jouent en fait plus sur le terrain de l’élection présidentielle que sur celui de l’élection municipale… D’où la tentation d’attaquer la candidate de droite de manière personnelle, oubliant que l’intéressée a une mémoire remarquable qui pourra jouer quand la question de la fusion se posera.
Enfin, Sophia Chikirou fait campagne tout sourire, mais risque de faire les frais de l’affaire Quentin avec un PS parisien qui peut, encore plus qu’ailleurs, tirer à boulets rouges sur LFI. Les électeurs parisiens ont beau être radicalisables, ils ne le sont que jusqu’à un certain point. Manger du quinoa tout en déplorant les injustices ne vous transforme pas en admirateur éperdu des exploits de la Jeune garde…
Comme dans les présidentielles, on connaît les destins du troisième homme ou de la troisième force condamnés à s’aligner et à se transformer en supplétifs d’un grand candidat – la logique de bipolarisation n’a pas déserté la capitale.
Les seuls à l’avoir compris sont peut-être les écologistes qui ont accepté depuis le 17 décembre dernier de faire liste commune avec Emmanuel Grégoire pour garantir des élus au conseil de Paris.
Il reste une semaine avant l’échéance et des rebondissements peuvent encore survenir, même si l’on peut déjà constater quelques tendances. Au soir du 15 mars prochain, quel sera donc le message qui sortira des urnes parisiennes ?
Jean-François Mayet
Politologue
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