Préférence européenne
L’annonce a un côté un peu surréaliste : Stéphane Séjourné, commissaire européen français, a pris l’initiative d’une tribune, signée par plus d’un millier de grands patrons européens, parmi lesquels, pour les Français, ceux d’Air France, de Bouygues, d’EDF, d’Engie ou de Michelin – mais aussi le dirigeant du groupe naval italien Fincantieri ou celui du groupe chimique belge Solvay.
Cette tribune réclame une « préférence européenne » au moins pour les achats publics.
Décidément, l’élection de Trump a bel et bien ouvert une nouvelle ère.
Voici quelques années, défendre la préférence européenne, c’était « ringard », « rance » ou « nauséabond ». Désormais, c’est « tendance ».
Réjouissons-nous en. Mais aussi restons prudents. M. Séjourné, digne représentant de la Macronie, nous a suffisamment accoutumés à n’avoir aucun principe politique clair (c’est sans doute cela qu’on appelle le « en même temps » : le principe de non-contradiction est congédié, ce qui permet de dire impunément tout et le contraire de tout !), pour que nous ne soyons pas dupes.
Ce sont les macronistes et leurs prédécesseurs qui ont détruit le tissu industriel français pour mieux promouvoir la « mondialisation heureuse ».
Il est permis de rester dubitatifs lorsque, tout à coup, ils affirment redécouvrir les vertus de l’industrie.
M. Séjourné explique : « [La préférence européenne] repose sur un principe très simple : chaque fois que l’argent public européen est utilisé, celui-ci doit contribuer à la production et aux emplois européens. »
Soit, mais, pour cela, il faudrait en finir avec la catastrophique habitude de Bruxelles de tirer des balles dans les pieds de nos producteurs par des réglementations idiotes et souvent inapplicables. Il faudrait aussi cesser d’obéir au doigt et à l’œil aux désirs de l’Allemagne qui a quasiment tué notre industrie nucléaire et notre agriculture – et s’apprête à en faire autant de notre industrie de défense.
Il est impossible de promouvoir une préférence européenne sans au moins deux conditions aux antipodes de la politique bruxelloise (et macroniste).
Tout d’abord, il faut redécouvrir l’importance de la nation dans le processus de production – et donc cesser de parler sans cesse d’une utopique souveraineté européenne. Et, surtout, il faut cesser de croire que la frontière est nécessairement l’ennemie. Bien sûr que l’ouverture internationale est bonne – mais dans la mesure où elle repose sur des échanges équitables et non sur une concurrence déloyale profitant aux seuls oligarques. Nous en sommes loin.
Laisser un commentaire