Quand nous pouvions être fiers de la France…
Le 13 février 1960, la France faisait exploser sa première bombe atomique au cœur du Sahara.
« Hourra pour la France ! Depuis ce matin elle est plus forte et plus fière ! » télégraphiait le Général de Gaulle au ministre de la Défense, qui se trouvait à Reggane.
Pour la petite histoire, j’y étais aussi. C’était ma dernière année de service militaire et j’étais sous-lieutenant au 11e Régiment du Génie Saharien.
À 7 heures du matin, au sommet d’un pylône de 100 m, la première bombe atomique française venait d’exploser, d’une puissance de 60 à 70 kt de TNT, l’explosif classique de référence, soit environ 2 à 3 fois plus puissante que les bombes américaines larguées en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki. C’était l’opération Gerboise Bleue, du nom d’un petit rongeur du désert.
Reggane est au cœur du Tanezrouft, l’un des endroits les plus arides du monde, une étendue sans fin de sables et de cailloux. Ce lieu avait justement été choisi pour son isolement et sa désolation.
Notre compagnie était installée au pied du plateau de Reggane. Notre mission était de forer de grandes galeries à la base du plateau, pour en faire des magasins enterrés. Le « point zéro » était à Hamoudia, à un peu plus de 50 km au sud.
Début février, on sentait que l’événement était imminent, par l’animation qui régnait sur la base, et le nombre de personnalités étrangères à la garnison qu’on pouvait croiser. Plus prosaïquement, notre compagnie hébergea quelque temps des chèvres et des souris blanches, qui étaient destinées à être placées à diverses distances du point zéro, afin de mesurer l’effet de l’explosion atomique sur des êtres vivants. On les ramena quelques jours après l’explosion. Les pauvres bêtes avaient toutes les yeux brûlés.
On nous distribua aussi des dosimètres que nous devions porter en permanence, et on nous donna les consignes pour le jour de l’explosion. Chaque gradé devait réunir les personnels civils et militaires sous sa responsabilité. Tout le monde devait se tenir assis, le dos tourné à la direction du point zéro, jusqu’au passage de l’onde sonore
Ainsi fut fait au petit matin du 13 février. Malgré la position, on perçut très bien le flash de l’explosion qui vint déchirer l’aube naissante. Puis 3 minutes plus tard, ce fut un grondement qui se réfléchit contre la falaise du plateau en un énorme roulement accompagné d’un souffle de vent.
Et ce fut l’explosion d’une joie collective. Chacun se relevait et se retournait vers la direction d’Hamoudia, d’où s’élevait un énorme nuage coloré en rouge par les rayons du soleil levant. Chacun était fier d’avoir participé à cette entreprise couronnée de succès. Fier d’être Français.
J’ai assisté à deux autres explosions atomiques à Reggane. Le 1er avril, opération Gerboise Blanche, une bombe de faible puissance destinée à être une arme tactique. Puis, le 27 décembre, opération Gerboise Rouge, de nouveau une bombe A explosée au sommet d’un pylône.
Seuls des tirs aériens pouvaient être réalisés à Reggane. Ces tirs soulevaient une grosse quantité de sable qui se mêlait au nuage du « champignon atomique » et allait ensuite se disperser au gré des vents sur de grandes distances. C’est pourquoi le site de Reggane fut abandonné afin de réaliser des tirs souterrains dans le Hoggar (In Ekker près de Tamanrasset) dès 1961, puis en Polynésie après l’indépendance de l’Algérie.
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