Quentin : le déni de la gauche
La mort de Quentin Deranque a marqué les esprits, et même dans les franges les plus modérées de l’opinion, on comprend qu’il n’a pas été victime d’une rixe, mais tout simplement rossé, alors qu’il était à terre et ne manifestait aucune posture offensive, ni même défensive.
Si Quentin en était sorti vivant, ses assaillants se seraient vantés de lui avoir administré une « correction », comme avait pu le faire la Jeune garde dans le passé. Pour la première fois depuis les années 1930, on constate des collusions douteuses entre un parti politique – Les Insoumis – et un mouvement prêt à l’action violente – la Jeune garde, pourtant dissoute, mais qui s’est souciée comme d’une guigne de cette démarche du ministre de l’Intérieur. Mais, cette fois-ci, les choses ne se sont pas passées comme prévu et la « riposte antifasciste » s’est révélée un lynchage sadique, où la légitime défense invoquée est juste un tabassage digne d’Orange mécanique. Pour qu’il y ait légitime défense encore faut-il une attaque – et une riposte proportionnée. Des conditions totalement absentes dans le tabassage de Lyon… Comme si le fait de frapper quelqu’un sans la moindre retenue était une simple « correction », alors que l’on sait qu’un coup administré violemment, fût-il le premier, peut être mortel – ce qui s’est manifestement passé le 12 février dernier, Quentin ayant été touché au crâne, ce qui a entraîné son décès.
L’affaire « Quentin » révèle plusieurs choses. Tout d’abord, on aura noté un véritable déni dans les narratifs propagés par les Insoumis et leurs soutiens, malgré des regrets platement exprimés. Quentin serait mort d’une rixe, alors que la vidéo démontre clairement le contraire : le jeune étudiant a bien été frappé sans posture de combat de sa part. À la différence de ses camarades, Quentin n’a pas eu la chance de s’enfuir. Outre le fait de faire passer l’agressé pour l’agresseur, un autre récit a été distillé : celui d’un climat de tension créé par les adversaires de la Jeunes garde, à l’instar du groupe Némésis. Cette fois-ci, il s’agit de montrer que la violence est générale et que des drames étaient inévitables. Une certaine gauche – extrême ou non – cherche à contextualiser en rappelant la situation lyonnaise où des groupes dits d’ultra-droite prolifèrent. Mais, que la capitale des Gaules soit devenue un foyer de mouvements radicaux est une chose, que Quentin ait été lâchement battu à mort en est une autre… Le contexte invoqué a toujours bon dos, surtout quand il s’agit de diluer les responsabilités. Enfin, on a également assisté à une ultime inversion accusatoire en mettant en cause les défilés de soutien à Quentin, invoquant des cris et des insultes, à l’instar des écologistes. Quand bien même on ne partage guère les options de tous ceux qui soutiennent Quentin – mais l’hommage du 21 février dernier a manifestement rassemblé un public large, bien au-delà des mouvances dites radicales –, il ne suffit pas d’invoquer des gestes pour effacer un tabassage en règle.
À ce jour, il n’y a pas eu de représailles – et c’est heureux. On imagine ce qu’il en aurait été si l’inverse s’était produit : un manifestant de la Jeune garde tabassé à mort. Tout aurait été mis dans le même sac : le RN, les traditionalistes et les identitaires à coups de demandes d’interdiction.
Enfin, la porosité avérée – elle était encore revendiquée il y a un mois – entre les Insoumis et la Jeune garde révèle une hypocrisie. Là aussi, on imagine les attaques si le RN entretenait des liens affichés avec un mouvement aux méthodes musclées. On notera les confusions sur les activités de la Jeune garde : un service d’ordre ? Mais comment expliquer que ses membres aillent porter leurs coups dans des lieux où les Insoumis n’organisaient aucune réunion publique ? Une organisation « antifa » présentable ? Mais comment justifier des violences qui n’ont rien d’une « riposte » ? Enfin, les cadres du mouvement auront créé une nouvelle polémique sur leur statut réel. L’un des prévenus, Jacques-Élie Favrot est l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député Insoumis d’Avignon. Il aurait porté les coups loin de son lieu de travail, ce qui laisse planer l’ombre d’un système d’emplois fictifs. Finalement, dans la mort de Quentin, on retrouve cette volonté démente de toujours justifier une exaction par un discours.
Dans une communication de 1976, le philosophe Gustave Thibon avait émis ce constat lucide : « Il ne suffit pas d’écraser le plus faible, il faut encore se persuader qu’il est dans son tort, que son écrasement est conforme à la justice. » On ne saurait mieux dire.
Jean-François Mayet
Politologue
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