Radars: l’équation à un milliard
Alors que la France n’a jamais compté autant de radars sur ses routes, la mortalité routière ne baisse plus. Pire : elle repart à la hausse à l’été 2025. Face à ce paradoxe inquiétant, l’association « 40 millions d’automobilistes » publie un reportage inédit « Radars : la sécurité routière au point… mort », qui interroge l’efficacité réelle d’une politique de sécurité routière fondée quasi exclusivement sur la répression automatisée.
Depuis plus de vingt ans, l’État a fait le choix d’un modèle centré sur la sanction de la vitesse, générant aujourd’hui plus d’un milliard d’euros de recettes annuelles, tandis que les véritables causes d’accidents mortels – alcool, stupéfiants, fatigue, distraction – restent insuffisamment combattues.
Pour découvrir le reportage « Radars : l’équation à 1 milliard », rendez-vous sur la page YouTube de « 40 millions d’automobilistes ».
À travers ce reportage, « 40 millions d’automobilistes » a souhaité analyser, chiffres à l’appui, l’évolution du parc de radars et son impact réel sur la sécurité routière. De l’installation du premier radar automatique en 2003 à l’explosion du parc – près de 4 700 dispositifs en service en 2025 –, l’association retrace la transformation progressive d’un outil de prévention en un système de contrôle-sanction automatisé, institutionnalisé et durable.
L’enquête met en lumière une réalité souvent occultée :
– la baisse de la mortalité routière observée dans les années 2000 a débuté avant le déploiement massif des radars ;
– depuis plus de dix ans, malgré la multiplication des dispositifs, la courbe des décès stagne autour de 3 200 morts par an ;
– à l’été 2025, la mortalité repart à la hausse, avec 338 morts en juillet et 341 en août, malgré une répression toujours plus dense.
Depuis plus de vingt ans, on fait croire aux Français que les radars sauvent des vies. Or les chiffres montrent aujourd’hui une réalité beaucoup plus dérangeante : la mortalité ne baisse plus, malgré un parc radar toujours plus dense. Le système est devenu un modèle économique avant d’être un modèle de sécurité.
Le reportage révèle un constat sans appel : l’augmentation continue du nombre de radars ne se traduit pas par une amélioration durable de la sécurité routière. Si la rentabilité du système est incontestable – près de 800 millions d’euros d’amendes forfaitaires, auxquels s’ajoutent environ 300 millions d’euros de majorations –, son efficacité sur les causes majeures de mortalité est, elle, largement contestable.
L’association souligne que la politique actuelle reste focalisée sur l’infraction la plus simple à automatiser : le petit excès de vitesse, alors que :
– l’alcool et les stupéfiants sont impliqués dans une part majeure des accidents mortels ;
– la fatigue et la distraction progressent fortement ;
– les jeunes conducteurs demeurent particulièrement exposés, sans outils de prévention suffisants.
« Les automobilistes ne contestent pas la nécessité de sanctionner les comportements dangereux. Ils contestent un système déséquilibré, opaque, et déconnecté des vrais facteurs d’accidents. Continuer dans le tout-radar, c’est refuser de voir l’échec d’une politique arrivée au point mort », ajoute Philippe Nozière, Président de l’association.
À l’issue de cette enquête, « 40 millions d’automobilistes » appelle solennellement les pouvoirs publics à réviser en profondeur la stratégie actuelle de sécurité routière, aujourd’hui trop largement fondée sur une logique de sanction automatisée.
L’association demande notamment de :
– sortir d’une approche exclusivement répressive centrée sur la vitesse, qui montre désormais ses limites, au profit d’une politique globale s’attaquant aux comportements réellement accidentogènes ;
– réorienter une partie significative des recettes issues des radars vers des actions concrètes de prévention, de dépistage et d’éducation routière, afin de créer un lien tangible entre l’argent collecté et la protection effective des usagers ;
– renforcer la lutte contre l’alcool, les stupéfiants, la fatigue et la distraction au volant, en développant des dispositifs de contrôle adaptés, mais aussi des outils d’auto-évaluation et de responsabilisation des conducteurs ;
– redonner du sens, de la cohérence et de la transparence à la politique de sécurité routière, en expliquant clairement l’utilisation des fonds, en évaluant objectivement l’efficacité des mesures mises en place et en restaurant la confiance entre les institutions et les automobilistes.
Pierre Chasseray
Délégué Général de « 40 millions d’automobilistes »
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