Retour sur une vie passée à entreprendre
À bientôt 78 ans, j’ai eu envie de faire le bilan de ma vie d’entrepreneur que j’ai commencée en 1972 en créant ULTRALU avec, à la sortie de mon service militaire, 120 francs pour démarrer.
Pendant 5 ans, j’ai fait 44 heures chez Peugeot (eh oui, c’était la norme à l’époque !) et certainement autant pour développer mon entreprise.
À ce jour, ULTRALU a réalisé au total un chiffre d’affaires cumulé de plus de 150 millions d’euros.
Sur ce chiffre, elle aura payé environ 20 millions d’euros à l’URSSAF… J’en aurai retiré à la vente en 2013, après les dernières ponctions de l’État, un seul million.
Sur la période où j’en étais le propriétaire, j’y ai travaillé plus de 160 000 heures (chiffre fourni par mon ancienne secrétaire), soit 4 000 h par an – un peu plus que les 1 607 heures moyennes actuelles !
Je ne me plains pas, je l’ai fait par passion, mais je me pose parfois la question suivante : si j’avais investi dans un seul appartement de 100 m2 à Paris en 1972, soit 200 000 €, il vaudrait aujourd’hui autour de 1,1 million et j’aurais gagné presque autant, sans rien faire.
Dans mon entreprise, j’ai investi, en plus des heures passées, environ 15 millions d’euros en machines et bâtiments, ce qui veut dire que, si je les avais investis à Paris je serais à la tête d’une fortune de plus de 30 millions d’euros. C’est-à-dire 30 fois plus qu’en créant mon entreprise et cela en travaillant dix fois moins… Cherchez l’erreur !
L’autre solution aurait été de m’installer en Allemagne, à 80 km de chez moi, avec des charges deux fois moins élevées (10 millions d’euros de moins), des contraintes moins importantes, de l’autofinancement (au lieu de faire appel à l’emprunt) me permettant de développer beaucoup plus mon entreprise et alors de la revendre, pourquoi pas, 30 millions d’euros.
La démonstration est faite que nous sommes devenus un pays en sous-développement car notre industrie, malheureusement, est passée en 20 ans de 24 % du PIB à moins de 10 aujourd’hui et la chute continuera si on reste sur cette voie !
C’est donc à nous, chefs d’entreprise, principalement industrielles, de prendre les choses en main et d’imposer à nos gouvernants de tous bords une grande réforme, du type Hartz 10 en Allemagne dans les années 2000, pour nous libérer, avant qu’il ne soit trop tard, de ces contraintes normatives et financières qui tuent à petit feu l’ensemble de notre tissu industriel.
La solution n’est absolument pas de nous vendre aux étrangers. Certes, l’emploi, pour l’instant, restera en France mais les capitaux, dont notre industrie a grand besoin, partiront à l’étranger et ne s’investiront pas majoritairement en France.
Pour information, en masochiste que je suis, j’ai créé voici une dizaine d’années une petite entreprise en SASU et je continue à faire une vingtaine d’heures par semaine, ma retraite de 2 200 € ne me permettant pas d’assouvir les besoins que j’estime légitimes en fonction de mes heures travaillées dans le passé.
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