Attal-Philippe : affrontement ou collusion ?
Leur candidature déclarée pour 2027 sonne comme un aveu : l’enterrement du président sortant qui, ne pouvant se présenter, tout en étant isolé à cause de la dissolution ratée, perd de jour en jour le maigre poids dont il disposait sur le jeu politique.
Ils n’ont pas peut-être pas complètement renoncé au dépassement des clivages, mais ils ont bien dépassé Macron… Cependant, à peine ont-ils enterré celui qui les a faits rois que leur compétition devient aussi féroce que révélatrice.
Les deux chevaliers du bloc central sont des chefs de partis, démontrant l’hypocrisie de l’appel à la primaire : quand on est chef d’une formation politique de « système », on est forcément candidat à la présidentielle. Et quand on a été Premier ministre du président sortant, on dispose forcément d’une ressource politique pour justifier ses prétentions.
Attal a même récupéré tout l’arsenal communicationnel de Macron, en utilisant un compte Twitter dédié à Macron 2022. Le grand remplacement du président est bien à l’œuvre. Il brandit même un manifeste d’élus appelant à soutenir sa candidature, même si des esprits chagrins font remarquer que beaucoup d’élus ne peuvent donner leur signature. En effet, cela n’est pas suffisant si on est juste conseiller municipal…
Mais chacun joue un peu à front renversé. Le centre-gauche Attal la joue Chirac avec une candidature annoncée dans l’Aveyron sur fond de dégustation de produits locaux. Pas question d’apparaître comme le Parisien prétentieux qui donne des leçons à la France profonde. L’élu de Clamart veut apparaître comme un candidat de terroir, qui promet même de restaurer l’autorité à l’école. Il promet également de réduire l’écart entre le salaire brut et le salaire net, une proposition que l’on retrouvait déjà sous la plume de Gérald Darmanin ou d’Édouard Philippe, car, paradoxalement, les thèmes « centraux » sont déjà ancrés et font florès.
Malgré ce choc d’autorité ou de propositions fortes, Attal croit au « dépassement politique » du clivage droite-gauche. Il n’a pas abandonné non plus le catéchisme sociétal : il veut légaliser la GPA et joue même sur la « peoplisation » en distillant sa vie amoureuse avec l’un de ses anciens ministres, Séjourné, dont il aimerait avoir un enfant…
Quant à Édouard Philippe, il ne cachait pas sa candidature depuis plusieurs mois. Le centre-droit de la Macronie se positionne aussi comme l’ultime rempart contre le RN. L’ancien « premier Premier ministre » multiplie les rendez-vous et tâte le terrain. Il n’hésite pas non plus à jouer sur les émotions de l’opinion en affirmant que, pour les spectacles de Bruel, accusé d’agressions sexuelles, « on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas » et qu’il n’irait pas. Mais le président d’Horizons affirme aussi qu’il vient « de la droite ».
À la différence du député des Hauts-de-Seine, Philippe ne s’inscrit plus dans le registre du « dépassement », dont il pressent les difficultés.
2027 ne sera pas 2017 et le « en même temps » a du plomb dans l’aile. La France s’est malgré tout droitisée. Mais surtout, il ne ferme pas la porte à d’éventuels ralliements venant de la droite. Et ils peuvent être légion : Copé, Pécresse, et même Wauquiez qui ne décolère pas contre Retailleau.
Philippe ne peut pas se priver d’un vivier LR qui vivote certes, mais représente encore un poids symbolique.
La grande question est de savoir ce que fera Retailleau : le Vendéen est déterminé. Et, comme ses deux compétiteurs, il est aussi président de parti, donc candidat.
Attal et Philippe sont parfois interchangeables dans leur proposition (l’autorité, l’immigration, le narcotrafic…), marquent chacun leur terrain, convoitent le même siège, mais oscillent entre duel et duo.
On ne sait pas si l’un n’exclut pas d’avoir un poste important si l’autre est élu président de la République, et réciproquement. Affrontement ou collusion ? L’enjeu d’un risque de victoire du RN pointe également son nez. Attal n’exclut pas le recours à la primaire si jamais cela sentait le roussi. Une primaire qui revient finalement par la petite porte…
Pour le RN, Attal se retirerait au profit de Philippe si sa candidature ne décollait pas. Attal et Philippe sonderaient-ils chacun le terrain avant de prendre leur décision ? On peut s’interroger sur la réalité d’une compétition bien plus fragile qu’il n’apparaît en raison de beaucoup d’incertitudes. Avec comme effet patent de réhabiliter les « faiseurs de rois » comme Gérald Darmanin qui veulent peser sur le « cahier des charges ».
Jean-François Mayet
Politologue
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