Ça se corse dans le bloc central…

Ça se corse dans le bloc central…

Dimanche soir dernier, un nouvel épisode s’est inscrit dans le feuilleton du bloc central, rivé sur le candidat qu’il peine de définir : la désignation de Bruno Retailleau par les militants de son parti, Les Républicains.

Ces derniers avaient le choix entre trois options : une primaire fermée, donc réservée aux adhérents, une primaire ouverte, élargie aux sympathisants, et la désignation de Bruno Retailleau.

Les adhérents à jour de cotisation ont massivement choisi la désignation du sénateur de la Vendée, ancien ministre de l’Intérieur, naguère bras droit de Philippe de Villiers. On pouvait s’attendre à ce résultat dans la mesure où Retailleau ne cachait pas son scepticisme sur l’avenir du bloc central et sur la fin du macronisme. Même ministre, le Vendéen ne se privait pas d’afficher son pessimisme sur la volonté de dépasser le clivage droite-gauche.

Mais là, il ne s’agit plus de se positionner sur la pérennité du bloc central, mais de s’afficher comme candidat à la prochaine présidentielle. Une manière de damer le pion à ses concurrents. Ce faisant, le sénateur LR n’entend plus entrer dans le débat à l’issue duquel on doit répondre à la question fatidique : qui ? Car ils sont pléthore à être candidats, même s’ils ne le déclarent pas tous. On se doute que les chefs des partis « centraux » – à l’exception peut-être de Bayrou – sont candidats, tout comme les chefs des grands exécutifs locaux, à l’instar de Pécresse ou de Bertrand. Attal et Philippe sont candidats et font tout pour y arriver : « tests » par le biais de sondages, refonte de leurs partis et, surtout, prise de distance avec Macron, émancipation que d’aucuns verront comme une trahison…

Darmanin reste sur les rails et entend proposer une candidature populaire dans le bloc central à qui l’on reproche de délaisser les classes les moins aisées. Même Wauquiez fait partie du bal des prétendants. On notera que ce dernier a proposé que Knafo se joigne au périmètre. Pas sûr que cela plaise. Car la zone de « fongibilité » n’a toujours pas été définie. La primaire du bloc central, c’est un peu cette phrase dans laquelle Pascal avouait que le centre est partout, mais la périphérie nulle part…

Surtout, les personnes citées sont chefs de leurs propres partis – ou micro-partis – et se voient déjà à l’Élysée. Ils reprochent à Retailleau de leur avoir coupé l’herbe sous le pied mais, en réalité, ils illustrent le paradoxe de la primaire qui, loin de trancher la question du candidat, incite vivement à la candidature. Loin de pacifier, la primaire – qui est par ailleurs loin d’assurer l’élection à la présidentielle comme on l’a vu avec Hamon et Fillon en 2017 – tend à exciter la compétition.

Retailleau pourra rétorquer à ses concurrents qu’ils sont déjà en ordre de bataille… Ainsi, on se doute que Pécresse rêve d’une revanche sur son échec retentissant de 2022 mais, à la différence de Retailleau, en raison de la configuration sociologique et politique de la région Île-de-France, elle ne peut tourner la page du bloc central. En effet, ses électeurs sont fongibles avec ceux d’Attal ou de Macron. En 2021, n’avait-elle pas accueilli des macronistes sur ses différentes listes ? Son rapport avec LR est alambiqué. Elle avait quitté le parti en 2019, puis rejoint en 2021, pressentant qu’elle pouvait devenir sa candidate à la présidentielle de 2022… On pourra donc reconnaître à Retailleau d’avoir mis fin à cette ambiguïté. Ce faisant, le Vendéen agit aussi dans la logique de la Ve République, assez hostile dans son « ADN » à la primaire. La primaire, c’est en fait le peuple, même si on peut ajouter l’adoubement des notables que sont les cinq cents signatures (la Ve, c’est un peu une tripartition : un homme, le peuple et les notables qui continuent à jouer un rôle). Mais en se lançant dans cette course, Retailleau n’est pas assuré de gagner ni même d’être qualifié en vue du second tour. La droite LR a en effet vu sa base électorale se rétrécir depuis dix ans et ce ne sont pas les dernières municipales qui vont le démentir. Il reste à Retailleau un réduit sociologique de 10 % : des électeurs convaincus, résolument de droite, mais défiants envers le RN qu’ils jugent démagogique. La grande question est se savoir si c’est une base de départ, un socle destiné à s’élargir, ou plutôt une réserve d’Indiens condamnée à être récupérée. Mais alors par qui ? Par le bloc central, lequel pourra s’agréger un petit socle moyennant des contreparties ? Ou par le bloc populiste-identitaire, déjà rejoint par Éric Ciotti en 2024 ? Retailleau sera-t-il le nouvel appoint qui permettra au RN de gagner la présidentielle en 2027 ? Affaire à suivre…

Jean-François Mayet

Politologue

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