Deux coups d’Etat en Afrique, la belle affaire!

Deux coups d’Etat en Afrique, la belle affaire!

Pour qui connait un peu l’histoire de l’Afrique post-coloniale, il est inimaginable qu’un coup d’Etat dans un petit pays comme le Niger ait été tenu pour un événement mondial, un bouleversement de la géopolitique du continent, voire, l’emphase n’ayant pas de limites, la fin de l’influence de la France en Afrique.

Les coups d’Etat étaient chose commune aux premiers temps de l’indépendance

On se réfère souvent, pour la critiquer, à l’époque du général de Gaulle, de Pompidou, de Giscard et, dans l’ombre, de Jacques Foccart, comme une période où la France aurait régné sans partage   sur ses anciennes colonies africaines. C’est inexact : De 1962 à 1999, il y a eu au total en Afrique francophone 37 coups d’Etat pour 17 pays.  On n’en faisait pas un drame, le militaire qui avait pris le pouvoir allait à Paris, confirmer les accords de coopération et la poursuite des bonnes relations avec la France. Et quelques jours après on n’en parlait plus. Le nouveau président n‘était pas adoubé, De Gaulle, respectueux des situations de fait n’aurait pas accepté ce terme, mais il  était reconnu.   Ces coups d’Etat ne faisaient guère de victimes. La France n’est intervenue qu’une fois (1964) pour en arrêter un, au Gabon, parce qu’il était trop grotesque.

Bien plus qu’aujourd’hui la France observait alors le principe de non-ingérence : les pays amis, d’autres diront clients – se gouvernaient comme ils voulaient, selon l’article 2, alinéa 7 de la Charte des Nations unies.

On peut penser que le général Abdourahamane Tian qui vient de prendre le pouvoir au Niger, aurait été heureux de pouvoir faire de même. La formation qu’il a reçue aux Etats-Unis et encore moins la tentative d’intrusion du groupe Wagner n’ont sans doute pas effacé chez lui l’empreinte française. On souligne aussi les liens forts qui existaient entre le général et le précédent président séquestré et renversé :   Mohamed Bamoum.  Bref une affaire de famille qui aurait dû se régler sans que la communauté internationale, et en particulier la France, s’en émeuvent et s’en mêlent.

Malgré ces coups d’Etat nombreux, les anciennes colonies françaises vivaient une vie plutôt tranquille. La présence militaire française leur permettait de dépenser moins que le reste de l’Afrique  pour leur défense. Ces pays ont été épargnés par les drames majeurs (à hauteur de millions de victimes) qu’ont connus les anciennes colonies britanniques : Soudan, Nigéria (Biafra), Ouganda, belges : Congo, Rwanda, Burundi ; portugaises Angola, Mozambique, Guinée portugaise ou même espagnole :  Guinée équatoriale.

Ce bilan comparatif avantageux des anciennes colonies françaises, doit être aujourd’hui plus que nuancé, sans se trouver complètement dépassé avec les crises du Tchad (2005-2010), du Congo-Brazza (1997) et du Mali, depuis 2012 (dont le bilan humain reste très en dessous, d’un facteur dix au moins, de celui des précitées).

Les coups d’Etat de la « Françafrique » n’étaient que des révolutions de palais qui restaient à la surface des choses.

La « démocratisation » a envenimé la politique africaine

Tout a changé avec la vague de démocratisation qui a suivi la fin du communisme. Persuadés que la démocratie libérale et l’économie de marché étaient la « fin de l’histoire », les Occidentaux, à partir de ce pronostic hasardeux, se donnèrent la mission d’accélérer le mouvement, spécialement sur le continent africain.  D’où le fameux discours de François Mitterrand à La Baule du 19 juin 1990 qui pressait tous les Etats africains de passer au pluripartisme et à la démocratie élective. Discours malencontreux dont viennent une partie des problèmes actuels.

Cette évolution s’est aujourd’hui radicalisée : elle est devenue la politique de la France et de l’Union européenne laquelle réserve l’essentiel de ses aides aux gouvernements élus sous les formes démocratiques et en exclut les autres sans examiner la qualité de la gouvernance.

Cette politique absurde est appliquée à Bruxelles avec le systématisme des grandes organisations qui adoptent vite un raisonnement binaire : démocratie – ou supposée telle, aide, non démocratie, pas d’aide (on fait naturellement des exceptions pour une dictature comme celle du Rwanda, une des plus sanguinaires du monde, mais protégée dès le début par les Anglosaxons).

Aggravation encore : le concept de démocratie s’est étendu peu à peu aux droits LGBT et autres woke, appuyés ostensiblement non seulement par la France mais aussi l’Union européenne et  les Etats-Unis, entités dont les ambassades arborent sans discrétion le drapeau arc-en-ciel ce qui, bien plus que le passé colonial est un des principaux griefs faits à l’Occident dans un continent où ces « droits » ne passent pas et suscitent même une haine sans limite à notre égard.

La vraie démocratie où est-elle ? Les élections dites libres, souvent sous surveillance internationale, font émerger un homme en complet veston, beau parleur et disposant des appuis tribaux appropriés ; rien de cela ne garantit sa compétence.  Ce genre de président s’avère très souvent une catastrophe. L’impatience africaine aidant, des militaires précipitent les échéances en prenant le pouvoir.  Le peuple les accueille comme des redresseurs de torts.  Le pays se divise alors en deux. Dès lors qu’elle appuie systématiquement un pouvoir légal discrédité, la France a toutes les chances de se mettre chaque fois à dos la   majorité de la population.

On a moins parlé de la transformation de la Centrafrique : le président Faustin Touadera, longtemps professeur de mathématiques à l’Université de Lille, venu au pouvoir par des procédures démocratiques, a peu à peu transformé son régime en une dictature sous la protection de la Russie et du Rwanda.

Peu après le coup d’Etat au Niger, il y en a eu un autre au Gabon ; belle punition, pourrait-on dire, pour un pays particulièrement proche de la France qu est entré récemment dans   le Commonwealth. Ce sont les Français qui auraient dû punir Ali Bongo, mais ils ne l’ont pas fait ; il a été renversé par les siens. Ne nous en attristons pas. Contrairement aux apparences, c’est peut-être là un progrès de la démocratie. Ce pays vivait depuis l’indépendance sous la dictature héréditaire d’un clan, le clan Bongo, dont les semblant d’élections n’avaient rien de vraiment démocratiques. Omar, le fondateur avait laissé le pouvoir à son fils Ali, beaucoup moins brillant.

Qui est antifrançais ?

Les journaux brandissent des photos de manifestations antifrançaises en différents pays sans se demander qui manifeste. On l’avait vu en Côte d’ivoire où la page une du Figaro présentait une photo intitulée « la haine de la France. » Ce n’était pas alors toute l’Afrique qu rejetait la France, c’était les partisans du président Gbagbo que Paris avait lâchés au bénéfice de son concurrent Ouattara, soutenu par les Américains notamment par une intense propagande faisant apparaitre Gbagbo comme un criminel, ce que la Cour de justice pénale internationale a démenti. Les partisans de Gbagbo auraient acclamé la France si elle ne les avait pas lâchés. Comme elle a lâché Bozizé en Centrafrique en 2013.    Et c’est ainsi dans presque tous les pays.  Ce n’est pas la présence française que l’on conspue, c’est son abandon ou son caractère partisan. On est loin de la sagesse du temps où Foccart ne s’engageait pas dans ces luttes de clans et n’avait pas la prétention de démocratiser des pays aux mœurs différentes.

Démocratiser : quelle hypocrisie !  Tous les Africains savent que l’actuel président des Etats-Unis a été élu dans des conditions plus que douteuses, que les sociétés européennes sont de plus en plus paralysées par des sujets tabous, sous le contrôle d’une grande presse où le pluralisme a disparu et d’une justice qui bride de plus en plus la liberté d’expression. On les accuse de corruption : ils voient bien ce qui se passe à Bruxelles et ailleurs.

Dans la volonté européenne de leur imposer une démocratie abstraite et artificielle, ils ne voient que fadaises. Ils sont même profondément excédés que des pays dont ils connaissent les turpitudes veuillent leur faire la leçon. Les succès de la Russie et de la Chine sur ce continent vient en partie de ce qu’ils ne prétendent pas y donner des leçons.

Les Africains voient dans notre attitude moralisante, faute sans doute d’un   vocabulaire plus adapté, du néocolonialisme. Cela n’a rien à voir avec le colonialisme, c’est un impérialisme idéologique dont tout l’Occident est lui-même victime. L’école de Jules Ferry n’enseignait pas les droits LGBT mais à lire et à écrire, ce qui n’était pas pareil.  L’impérialisme idéologique dit woke était destiné au monde entier jusqu’à ce que l’émergence des BRICS y mette une borne. Mais son emprise sur les peuples d’Occident, tout aussi victimes que les Africains, ne fait que s’alourdir.

Des chefs d’Etat de qualité  sont sortis de coups d’état militaires,   le général Robert Guey  en Côte d’ivoire,  Blaise Compaoré au Burkina Faso,  Andry Rajoelina à Madagascar, alors que d’autres sortis des urnes se sont avérés de franches crapules.  Nos gouvernements, attachées jusqu’ à l’absurde aux apparences de la démocratie ont le plus souvent battus froid ces hommes de qualité alors même qu’ils étaient amis de la France.

Les graves erreurs du président Macron

Il ne faut pas cependant imaginer que l’hostilité des Africains soit réservée à la France.  Elle est une hostilité aux Occidentaux en général dont, dans son ancien domaine, le France pâtit d’avantage du fait de sa plus grande visibilité. Cette hostilité est moindre dans l’ancienne Afrique équatoriale qui a demandé le maintien du franc CFA. Elle n’existe pas   dans un pays comme le Congo-Kinshasa qui dépendait des Belges, ce qui rend d’autant plus scandaleuse la récente visite (mars 2023) de Macron dans ce pays où il a consacré, plus de temps à faire la fête en boîte de nuit qu’aux cérémonies officielles.  Comment ne pas voir que cet Etat de 80 millions d’habitants, deuxième pays francophone du monde et deuxième pays catholique, doté d’immenses richesses minières, méritait plus d’égards ?

Dans le même voyage, il a couvert 5 pays en 4 jours.  Quel Africain ne se sentirait-il pas  humilié d’un traitement aussi expéditif ?   Ou encore quand il a traité les Africains de lâches parce qu’ils avaient   refusé de sanctionner la Russie, comme s’ils étaient tenus d’épouser les querelles de leur ex-puissance coloniale.

Nous venons d’apprendre qu’un grave contentieux était né entre Macron et le roi du Maroc. Qu’a-t-il encore pu faire pour s’éloigner de ce pays dont aucun intérêt important ne nous sépare ? Alors qu’il   ne cesse de courtiser l’Algérie qui nous crache en permanence sa haine.

Beaucoup de Français ont honte de ces comportements. Ils sont furieux que les Africains confondent Macron et la France.  Avant d’être président, il ne s’était jamais intéressé à l’Afrique réelle, très méprisée dans les milieux qu’il fréquentait (inspection des finances, banque). L’idée qu’il s’en fait provient, via l’IEP de Paris à la mode Descoings, des universités américaines dominées par des idéologues « décoloniaux » qui n’ont qu’une vision idéologique et simplifiée du passé colonial. Ne connaissant rien d’autre de ce continent où le facteur humain est si décisif, quand il s’adresse aux militaires Nigériens après le coup d’Etat, il s’est dressé sur ses ergots adoptant un ton autoritaire et ridicule pour leur intimer l’ordre de rentrer dans leur caserne, ce qu’ils n’ont naturellement pas fait. Il parlait avec une arrogance qu’aucun gouverneur des colonies, n’a jamais montré.  De fait, il projetait l’image caricaturale qu’on se fait du colonialisme dans le milieu « woke », la seule qu’il connaisse.

Comment s’étonner que les Russes, qui ne semblent pas à l’origine du coup d’Etat en profitent ?  Et aussi les Etats-Unis : la secrétaire d’Etat Victoria Nuland était à la manœuvre à Niamey dès le lendemain du coup d’Etat.

Au Liban Macron ne s’était pas comporté autrement, traitant les Libanais avec une hauteur et un mépris qu’au temps du mandat, aucune autorité française ne serait permise.

Tout cela est assez lamentable. Disons le fort à ce qu’il nous reste d’amis africains : Macron n‘est pas la France : il en est une caricature dont ils ne doivent pas tenir compte. Il passera, l’Afrique sera toujours là, les liens historiques entre la France et ce continent, à commencer par la langue, resteront.

Roland HUREAUX, essayiste et ancien haut fonctionnaire

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Comment (1)

  • Sansillusions Répondre

    Quoi qu’il en soit, maintenant et devant la haine grandissante de la France par des bandes de traine savates et faux intellos africains qui nous conchient sans cesse (allez un peu sur les réseaux sociaux), prétendant que sans eux la France ne peut pas vivre mais qui se pressent d’ y venir pour s’y faire entretenir comme des “macs”, il est plus que temps de larguer les quelques amarres qui nous retiennent à ces bâtons merdeux à ne plus toucher, même avec des pincettes. Et de payer le retour gratuit de leurs sangsues des CAF et autres générosités imbéciles. Les nostalgiques des cocotiers n’ont qu’à se consoler en en plantant un en plastique dans leur jardin tout en bavant devant les photos de beautés africaines qui les émoustillent. D’ailleurs, ce ne sont pas les “Toutous” (non local des putes pratiquant le “boutique mon Q”) qui manquent chez nous.
    PS Prière de ne pas “deleter” cette réponse, comme trop souvent.
    RE PS : Lisez les productions de Bernard Lugan au lieu de rêver à “l’Afrique profonde et mystérieuse” comme certains.

    24 novembre 2023 à 17 h 48 min

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