Génération Gamelin? Quel beau sujet pour un biographe que le général Gamelin. Non en raison de ses victoires mais, a contrario, parce que sa défaite, comme généralissime en 1940, l’a fait hélas entrer dans l’histoire. Du côté des fossoyeurs, désormais nombreux, de la puissance française. Historien des armées, Éric Schiavon en dessine, dans un livre fort documenté, un portrait clinique particulièrement inspiré et instructif. 1️⃣Gamelin est extrêmement intelligent. C’est un élève brillant. Un homme qui majore ou vice-majore tous les concours. Et qui comme jeune officier collectionne les appréciations les plus élogieuses de ses supérieurs. Une intelligence qui ne va pas sans orgueil : au moment
Génération Gamelin?
Quel beau sujet pour un biographe que le général Gamelin. Non en raison de ses victoires mais, a contrario, parce que sa défaite, comme généralissime en 1940, l’a fait hélas entrer dans l’histoire. Du côté des fossoyeurs, désormais nombreux, de la puissance française.
Historien des armées, Éric Schiavon en dessine, dans un livre fort documenté, un portrait clinique particulièrement inspiré et instructif.
1️⃣Gamelin est extrêmement intelligent. C’est un élève brillant. Un homme qui majore ou vice-majore tous les concours. Et qui comme jeune officier collectionne les appréciations les plus élogieuses de ses supérieurs. Une intelligence qui ne va pas sans orgueil : au moment où, en 1935, il s’apprête à succéder à Weygand à la tête des Armées celui-ci lui recommande de « veiller aux effectifs et aux approvisionnements ». Gamelin lui répond avec morgue : « je vous remercie, mon général, mais moi je suis un stratège ».
2️⃣Excellent stratège d’ailleurs qui met son intelligence au service de la carrière : dans le choix des affectations, dans leurs changements rapides pour accélérer les montées en grade et surtout dans le développement de son carnet d’adresse auprès des hommes politiques. Catholique non pratiquant, il n’est pas franc-maçon mais ministres et députés qui le sont le considèrent « comme un des leurs ». Bref c’est un « bon républicain ». Cela s’accompagne évidemment d’un conformisme à toute épreuve, propice à sa longévité – de 1930 à 1935 – comme numéro 2, puis de 1936 à 1940 comme numéro 1, des armées. Propice aussi à sa longue connivence avec Édouard Daladier, le ministre de la guerre, l’un soutenant l’autre et réciproquement.
3️⃣Ce conformisme s’accompagne évidemment d’une grande souplesse dans ses prises de position. Sa règle principale est la suivante : ne pas trop contredire, ne pas trop trancher. C’est un chef qui ne sait pas vraiment cheffer. Des défauts qui se révéleront dans toute leur ampleur lors de la déclaration de guerre en 1939 et a fortiori lors de l’offensive allemande de mai 1940.
4️⃣Une question se pose : combien y a-t-il de Gamelins aujourd’hui au sommet des armées et de l’Etat ? Bien peu sans doute au regard de l’extrême intelligence de Gamelin. Beaucoup plus si on ne prend en compte que son conformisme.— Jean-Yves Le Gallou (@jylgallou) Aug 29, 2026
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