Le Grand Orient et la liberté scolaire
Il faut reconnaître au Grand Orient de France une qualité devenue rare dans la vie publique : la franchise. Ainsi son grand maître, Guillaume Trichard, affirme-t-il clairement que les écoles privées hors contrat « n’ont pas leur place dans la République » – et que, par conséquent, il faut relancer la guerre scolaire pour en finir avec cette dernière (et fort limitée) liberté scolaire.
Voilà donc le Grand Orient qui revient à l’école. Et, plus précisément, à l’école que l’État ne contrôle pas entièrement.
La chose n’est pas surprenante. Le Grand Orient revendique lui-même une histoire étroitement liée aux combats anticléricaux de la IIIe République.
Mais nous ne sommes plus en 1880.
La République de Jules Ferry avait une obsession : arracher l’école à l’influence de l’Église.
Mais, l’Église n’est plus vraiment hégémonique et la République ne risque pas de s’effondrer parce que quelques parents ont choisi d’autres méthodes pédagogiques que l’Éducation nationale. Il se pourrait même que cette poignée d’écoles hors contrat sauve l’école française puisqu’on y apprend, en général, à lire, écrire et compter – ce qui est devenu fort rare ailleurs.
Ces écoles hors contrat sont-elles des établissements clandestins ? Non. Le hors contrat n’est pas le hors-la-loi.
Les écoles privées hors contrat sont soumises au droit français, à des contrôles et à des obligations en matière d’instruction, de sécurité et de protection des enfants. Il faut donc distinguer deux choses : le contrôle de l’État et la direction de l’État.
En 1959, la loi Debré n’a pas instauré une dictature cléricale destinée à livrer la République aux évêques. Elle a cherché à organiser un compromis entre l’État et l’enseignement privé.
La loi a permis aux établissements privés sous contrat d’entrer dans le service public de l’éducation tout en conservant leur « caractère propre » et une certaine autonomie d’organisation.
Autrement dit, même la République française a fini par comprendre quelque chose que certains idéologues semblent avoir oublié : on peut être républicain sans être étatiste jusqu’au bout des ongles.
La loi Debré reconnaît que l’école privée peut avoir une identité propre. Cette idée toute simple paraît aujourd’hui redevenir suspecte.
Mais pourquoi la liberté serait-elle réservée aux francs-maçons ?
Si une obédience peut publier des propositions sur l’école, pourquoi des parents ne pourraient-ils pas créer une école conforme à leur propre conception de l’éducation ?
Pendant des décennies, les anticléricaux ont expliqué que l’État devait être « neutre ». Mais cela ne signifie pas que la société civile doit devenir uniforme.
Une sorte de cléricalisme maçonnique voudrait imposer une unique conception de l’éducation. Pas seulement contre les écoles catholiques, mais contre toute diversité pédagogique, puisque beaucoup d’écoles hors contrat ne sont pas liées à une religion, mais à une pédagogie (comme les écoles Montessori). Or, une famille qui quitte le Mammouth et ses échecs ne fait pas sécession. L’État doit contrôler la qualité de l’instruction et sanctionner les abus. Pas supprimer toute liberté.
Jules Ferry voulait arracher l’école à l’Église. 150 ans plus tard, certains veulent arracher aux familles toute possibilité d’échapper à l’école de l’État. Ce n’est plus de l’instruction, c’est de la rééducation.
Il serait peut-être temps que le Grand Orient apprenne que la France n’est pas la République et que la République n’est pas une loge maçonnique géante !
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