Méga-feux pour méga-forêts
Les incendies qui ont frappé notre pays en plein été ont fait l’objet d’un nombre incalculable de commentaires avec l’inévitable procès du changement climatique, de l’incivisme ou de l’irresponsabilité.
Tout cela n’est pas nécessairement faux, mais le problème est qu’avec nos forêts, il règne encore dans notre pays un véritable tabou.
Tout d’abord, depuis le XIXe siècle, tant par scientisme que par romantisme, il y a eu cette volonté de laisser croître des grosses forêts d’un seul tenant et à essence unique. Les Landes sont un exemple de cette méga-forêt, fruit de l’intervention humaine. Récemment, dans les Ardennes, on a même rêvé d’une forêt primaire d’où l’homme est exclu.
Le naturel n’a, au fond, rien de naturel, car il est aussi une vision de l’homme. Or cette vision pose des problèmes, car la forêt, c’est aussi un partenariat avec l’homme et si la forêt doit être entretenue, elle peut – et doit surtout – être déboisée. Ce qui heurte certains. L’abattage d’arbres devient même un crime contre l’écologie. En ville, cela pourrait se comprendre (On sait comment la mairie de Paris s’en est souciée comme d’une guigne). Mais, en pleine nature, l’arbre doit être régulé s’il veut être sauvé.
Les incendies de l’été se sont en partie déroulés dans les forêts d’un seul tenant. Les spécialistes conviennent qu’il faut éviter ces forêts continues et y intégrer autant que nécessaire ces pare-feux que sont les prairies, les champs ou les vergers. Il faudra donc débroussailler et éviter les fausses continuités écologiques qui facilitent la propagation des incendies.
Il est piquant de constater que les obligations légales de débroussaillage ont entraîné des difficultés sur le plan pénal avec des incriminations au nom du respect de la biodiversité, comme cela avait été relevé il y a un an, lors de la discussion d’un texte visant à lever les contraintes à l’égard du métier d’agriculteur.
Il est triste de constater que le débroussaillage revient au premier plan en raison des incendies. Débroussailler, c’est aussi entretenir la nature.
Il faudra aussi éviter la monoculture. Les résineux sont plus vulnérables, d’où la nécessité de diversifier les essences. Il faut mixer les conifères avec d’autres essences comme le chêne vert qui ont fait leur preuve.
Avec les incendies, nous bénéficions d’un dramatique retour d’expérience, aussi brutal qu’intéressant, même si on regrettera que rien n’ait été anticipé. Sur ce point, ce sont aussi les sylviculteurs qu’il faudra convaincre. La forêt est un marché mais, comme tout marché, il peut être orienté intelligemment sans nuire à nos activités économiques.
Certains prônent une « forêt mosaïque » et un nombre varié d’essences. Ainsi, les essences méditerranéennes auraient de l’intérêt à être plantées dans le nord de la France.
Ensuite, la question des incendies contrôlés est posée. Aux États-Unis, cela est pratiqué. Cela permettrait de détruire de la biomasse comme le bois mort qui constitue également un combustible idéal. Bref, des incendies ponctuels, régulés et réguliers, si l’on veut éviter des feux difficilement contrôlables, soudains et gigantesques.
Enfin, l’implication des citoyens dans le risque incendie est inévitable : il faudra former et familiariser.
Bien sûr, ce ne sont que des pistes aussi variées que complémentaires. Il n’existe pas de solution idéale unique et il faudra nécessairement des expérimentations et des tâtonnements avant de trouver des solutions pérennes. Mais on rappellera que, dans l’histoire des sociétés humaines, la gestion des forêts a été un défi qui a parfois su être relevé. Ainsi, le Japon du XVIIe siècle avait failli perdre ses forêts, ce qui aurait condamné la société à stagner faute de bois disponible. Des mesures énergiques furent prises et le Japon n’hypothéqua pas son avenir.
On peut donc concevoir un défi qui vise non à préserver la forêt à proprement parler, mais à la réguler. C’est un autre logiciel qu’il faut adopter. En est-on capable ? Cela suppose de s’affranchir des discours incantatoires qui jouent plus sur la peur que sur l’espoir. D’abandonner ces imaginaires pessimistes qui perdent pied sur ce qu’est la nature et sur notre véritable rapport à elle. Pourtant, la forêt, c’est cette relation avec l’homme qui demande sans cesse à être approfondie et renouvelée. Autant dire que les incendies ont rappelé la nécessité d’une véritable et authentique écologie humaine, malheureusement assez peu présente dans le discours politique, mais indispensable si l’on veut avancer.
Jean-François Mayet
Politologue
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