Paris : un bilan déjà calamiteux

Paris : un bilan déjà calamiteux

Les municipales de mars dernier devaient être l’occasion de solder les comptes à Paris après 25 ans de gestion socialiste.

Tous les indicateurs incitaient les électeurs à tourner la page : l’endettement, une gestion erratique des chantiers et de la voirie, une équipe sortante sans dimension…

Mais Rachida Dati, qui portait les couleurs de la droite, souffrait d’une image clivante, de relations sulfureuses avec certains intérêts privés, et, enfin, d’une lisibilité assez brouillonne confirmée par une faible maîtrise des dossiers.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : une candidate bien derrière Emmanuel Grégoire au premier tour, puis une fusion imposée avec une liste « centrale », sans saveur particulière, a transformé le second tour en hécatombe pour la droite parisienne qui continue à collectionner les échecs.

Alors qu’il y avait urgence et malgré un scrutin censé faciliter l’addition des voix au niveau parisien, la Ville-lumière demeure sous l’emprise d’une coalition rouge, rose et verte.

Sept mois plus tard, la fragilité de la nouvelle équipe est patente. Sur le périscolaire, les différentes missions d’enquête ont révélé la faillite de la ville. Cette dernière a manqué à certaines obligations – ce qui étonne, alors qu’une grande ville dispose de moyens pour éviter ces recrutements douteux d’un personnel censé s’occuper des enfants. Normalement, toute structure déclarée « accueil collectif de mineurs » est soumise à l’obligation de vérifier ses recrutements. Il y a bien eu, dans tous les sens du terme, scandale. Il y a donc un passif et pas seulement un passé.

Mais le présent n’est pas plus glorieux et montre une équipe qui s’enfonce autant qu’elle enfonce la capitale. Comme à l’occasion des scènes de chaos qui ont eu lieu en plein Paris.

Certes, la protection des biens et des citoyens, défaillante lors des journées des 17 et 18 octobre derniers, relève de l’État qui, manifestement, a manqué à ses devoirs. Mais la Ville de Paris s’est retrouvée dans une position ambiguë en voulant soutenir le mouvement lycéen et critiquer les violences policières, au point que le seul vœu voté dans cette crise reprend la rhétorique mélenchonienne sur la répression. Sans voir qu’une telle adulation aveugle sur des émeutiers qui n’attendaient qu’un mouvement social pour détruire de façon méthodique.

Contrairement à la lecture romantique des mouvements insurrectionnels, tout a été bien mené pour semer le chaos, les professionnels de l’ultra-gauche renseignant les pilleurs, dignes supplétifs de marchands de haine à qui on offre la razzia comme récompense.

L’absence de discernement de la Ville de Paris est effarante à l’égard d’un mouvement vérolé : le résultat a été cinglant avec le pillage du cœur du « boboland » qui commence à comprendre le danger d’effondrements à répétition. La gestion de l’ordre public relevait de l’État, et il n’appartenait pas à la police municipale d’affronter les casseurs et les pilleurs. Mais rien n’empêchait la Ville de Paris de sécuriser la voirie publique et d’éviter les encombrants qui ont servi d’armes par destination. Quid des poubelles abandonnées qui ont été brûlées ? Il y avait moyen de soulager la police nationale et de limiter les failles dans lesquelles certains se sont engouffrés. Il était possible de protéger les bâtiments publics. On peut multiplier les exemples.

Enfin, et surtout, il n’y avait pas besoin de s’enfermer dans une rhétorique de défiance délétère avec le préfet de police de Paris. Au début du mois d’octobre, il y avait bien aux alentours des lycées parisiens une ultra-gauche qui a profité des événements pour encourager la violence.

Si l’expression des souffrances réelles est légitime de la part des lycéens, la complaisance à l’égard du corpus incendiaire de LFI est irresponsable quand on a la responsabilité de la capitale et de tout le mobilier urbain.

À la différence des Insoumis qui n’ont pas de communes accueillant de grandes manifestations, les socialistes gèrent de grosses métropoles. Si la Ville de Paris ne pouvait pas tout prévoir, elle pouvait anticiper. Ce qu’elle s’est révélée incapable de faire par naïveté et par idéologie. Comment interpréter cette inconscience ? Une partie des dirigeants parisiens sont obnubilés par les manifestations lycéennes de 1986 ou de 1990, oubliant qu’une dose de dissociété et de violence contre tout ce qui incarne l’ordre et le capitalisme s’est instillée. Ce ne sont plus les jeunes qui se révoltent, mais la banlieue qui descend. Certainement pas pour faire le bonheur de la capitale !

Jean-François Mayet

Politologue

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