Périscolaire, le scandale du siècle ?
On en parle depuis des semaines avec la mise en place de plusieurs instances visant à enquêter sur ces situations sordides et le traitement des violences dans le périscolaire.
Si les affaires ne se limitent pas à la seule Ville de Paris, c’est au cours de la campagne municipale parisienne qu’ont été évoqués des faits commis à partir de 2014.
L’équipe municipale est alors confrontée à la réforme des « temps d’activités périscolaires » (TAP) qui conduit à devoir recruter des animateurs.
Les conditions sont minimales : avoir juste le brevet, un casier vierge et ne pas être inscrit au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.
Sauf que, dans ce domaine, les condamnations sont rares et qu’un pédophile peut n’avoir aucun problème judiciaire.
Mais, surtout, il faut faire vite. Pourtant, dès 2015, l’opposition interpelle l’adjoint au maire de Paris chargé des ressources humaines – un certain Emmanuel Grégoire… – sur des problèmes déjà constatés dans le domaine du périscolaire.
Certes, cela reste encore un signalement général et les faits précis ne sont pas encore caractérisés. Mais on sait que quelque chose ne va pas.
À ce stade, on peut être surpris par le silence des médias, alors que l’information se développe sur internet. On se demande ce qu’il en aurait été si la municipalité avait été gérée par la droite…
Au début, quand les parents d’élèves montent au créneau, ce sont d’abord des cas de maltraitance qui sont soulevés : des cris, des tapes sur les enfants, des enfermements dans telle pièce pour corriger les plus turbulents… Puis les langues se délient et on révèle des gestes déplacés. Les témoignages deviennent écœurants.
On se doute également que les cas ne sont plus isolés, mais semblent même dévoiler un réseau bien rodé de recrutement. Après tout, la Ville de Paris est également composée d’agents vacataires qui se comptent par milliers.
Quand des associations s’emparent du sujet en 2021, on est désormais à l’ère des réseaux sociaux et des phénomènes « me too ». La Ville de Paris réagit parfois, mais à l’ancienne, en déplaçant l’animateur litigieux. Les élus parisiens diront même que le déplacement vaut sanction. Or les mutations ne font que déplacer le problème.
Un responsable de la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance (CASPE) dira même que la procédure permet de « sortir l’animateur de son environnement ».
Ce serait nier les leçons des scandales pédophiles de ces dernières décennies ; il existe tout une jurisprudence qui permet de comprendre les comportements-types en la matière.
Passer d’un environnement à l’autre ne change rien et la récidive reste probable. Ce qui s’est d’ailleurs passé dans le 15e arrondissement de Paris. Les responsables de l’administration scolaire invoqueront même le souci de donner une « deuxième chance » (sic.). On aurait pu se croire dans les années 1970 ou 1980. Or on est à l’ère de l’information brute et continue, qui fait son miel des scandales politiques.
Sauf à Paris. Une municipalité qui se dit progressiste et qui n’a pas hésité à fanfaronner pour toutes les causes dites humanistes a jeté un voile opaque sur des affaires qui choquent la conscience humaine élémentaire.
L’affaire du périscolaire fera tache dans les deux mandats d’Anne Hidalgo et sera probablement l’un des passifs de la gauche parisienne.
Les premiers témoignages ont été entendus et ils sont glaçants. Si glaçants que les auditions ne sont pas rendues publiques. Les enfants sont marqués par ce qu’ils ont subi.
Une telle affaire aura révélé de la mauvaise volonté, de la négligence et de la bureaucratie. Il est vrai que la Ville de Paris est un magma administratif. Mais, par définition, dans un système qui se veut – ou se prétend – républicain, l’administration obéit au politique et c’est de ce dernier que l’on attend l’ultime décision quand l’échelon technique flanche ou périclite.
Comme un ministre, le maire et ses adjoints sont les responsables de l’administration qu’ils supervisent. Leur qualité de chefs de service leur permet de prendre des sanctions. Pourtant, ils ont laissé les directions administratives recourir aux armes du passé.
Au regard des évolutions, un acteur pointe son nez. Il n’a aucune indulgence et s’est même immiscé dans une élection présidentielle comme on l’a vu en 2017, au cours des affaires Fillon : le juge judiciaire.
Jean-François Mayet
Politologue
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