Présidentielle : le retour au réel ?

Présidentielle : le retour au réel ?

Outre les candidats de droite et du « bloc central », c’est au tour de Mélenchon de faire campagne avec une chorégraphie savamment orchestrée, au pied de la basilique Saint-Denis, sur le thème de la « nouvelle France ».

Chacun s’offre son meeting pour affirmer que la campagne a commencé, ce qui, au passage, est un moyen habile de se dispenser de la primaire, laquelle a du mal à s’imposer avec des présidents de partis qui sont tous candidats.

Mais, comme nous l’écrivions récemment, cet ordre du jour ne saurait être fixé par les candidats eux-mêmes. Car les thèmes n’arrêtent pas de s’inviter et ils offrent une autre image du pays, celle d’un pays impuissant.

Il y avait bien sûr les problèmes du match PSG-Arsenal, qui relancent la question identitaire ou celle de la chaîne pénale.

Cette semaine, c’est un autre sujet qui s’est invité – et gravement –, celui de l’inertie judiciaire révélée par l’affaire Lyhanna. L’individu, désormais mis en examen pour meurtre, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineurs, mais l’instruction patinait sérieusement pour des raisons de compétence territoriale entre parquets susceptibles d’intervenir. L’affaire Lyhanna relance non seulement la question de la réaction pénale, mais celle de la protection des mineurs.

En 2026, on découvre la fragilité de toute cette chaîne pénale et judiciaire dans des affaires où le prévenu était connu pour ses antécédents multiples.

Les magistrats affirment crouler sous les dossiers, mais cette argumentation ne convainc pas l’opinion quand on objecte que la justice a su avoir la main lourde dans certains dossiers (discrimination, etc.).

Cette affaire rappelle aussi la dissonance entre les polémiques médiatiques et la réalité vécue par les Français. Certaines affaires montées en épingle ne semblent pas avoir d’impact dans la vie quotidienne des Français.

Les polémiques sur les propos racistes qui auraient été tenus par des participants aux événements du Canon français ont même fait l’objet d’interpellations au Parlement français, lors des questions d’actualité posées au Gouvernement. Or, cette affaire est soulevée à dessein parce qu’elle met en cause les imbrications et l’arborescence du « réseau Stérin ». Mais, à ce jour, il n’y a eu ni violence, ni mort d’homme – et surtout les propos ou gestes n’ont aucun lien avec l’organisation de l’événement et ils n’ont été tenus que par des participants sans rapport avec la nature festive du banquet.

Ce problème de chaîne pénale manifeste une situation pour laquelle rien n’a été fait depuis 2017. Les macronistes prétendent avoir doublé le budget de la justice mais, au final, à quoi cela aboutit-il quand les magistrats disposent de moyens vétustes et limités pour traiter un dossier ? À l’heure de l’IA et de la rapidité du numérique, les affaires se traitent en réalité « à l’ancienne ».

Il n’existe pas de formules magiques, mais pourquoi la question de la célérité de la justice – cette exigence de rapidité dans le traitement des affaires – n’a-t-elle pas été mise sur la table en 2017 et ne se pose-t-elle qu’à l’occasion de faits tragiques ?

Par définition, la bonne administration de la justice suppose des moyens effectifs. Toujours en 2017, Emmanuel Macron promettait au plus fort de sa campagne la construction de 15 000 places de prison. Neuf ans plus tard, la montagne a accouché d’une petite souris : on a recensé 3 500 places construites et encore, bien au-delà du délai garanti. Ce n’est qu’en 2024 que l’on a redonné la priorité aux objectifs de constructions, soit 7 ans après la promesse initiale…

Ce que soulève l’affaire Lyhanna est l’illustration de ces thèmes qui s’invitent sauvagement dans une campagne présidentielle.

Quant à l’immigration, si les candidats de droite ou modérés conviennent qu’elle doit être limitée, le caractère dérisoire du nombre de démarches visant à la reconduite à la frontière révèle aussi les piètres moyens et le manque de volonté. Alors que l’opinion – et pas seulement de droite – rejette l’immigration massive et incontrôlée, le taux bien faible d’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) rappelle la fragilité de la protection de nos frontières. Sur 130 000 OQTF délivrées en 2024, seules 14 685 ont été exécutées, soit un taux d’exécution de 12 %. Non seulement le pays n’a pas su se donner de politique migratoire, mais les moyens minimaux de régulation ne fonctionnent pas. En dix ans, on aurait pu prendre à bras-le-corps deux sujets importants. Avis au prochain chef d’État ?

Jean-François Mayet

Politologue

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