Quand le bâtiment va, tout va !

Quand le bâtiment va, tout va !

Il y a plus d’une semaine, le Premier ministre annonçait sa volonté d’encourager la construction de logements. Il est vrai que la pénurie de l’offre constitue un facteur dans les difficultés chroniques d’une partie des Français pour se loger.

Dans ces annonces, on note le souhait d’accélérer les constructions là où il y a urgence. On peut apprécier ce désir de s’affranchir de l’inertie qui a conduit à brider ces constructions. Pourtant, ce n’est pas la première fois que les pouvoirs publics décident de relancer la construction. En 2012, le gouvernement Fillon n’avait-il pas cherché à faciliter l’offre de logement en voulant mettre de côté certaines contraintes ? Plus personne ne s’en souvient…

En effet, les contraintes se sont multipliées, notamment au cours de ces dernières années, alors même que l’on tire la sonnette d’alarme. Au début, elles étaient liées à l’urbanisme avec des plans locaux d’urbanisme (PLU) de plus en plus tatillons. Puis le souci de patrimonialiser a contribué à ajouter une nouvelle couche. Ces contraintes constituent de véritables freins, imputables aux collectivités publiques et pas seulement à l’État qui est paradoxalement la personne publique la plus désireuse de lâcher la bride, mais qui se trouve pris dans un magma de contraintes sur lesquelles il n’a pas prise. Corrélativement, les contentieux ont différé certains projets.

Enfin, les contraintes, aujourd’hui, sont liées à l’environnement dont la protection n’a cessé de se renforcer : les PLU se veulent également « bioclimatiques, » comme on le voit dans les grandes métropoles. Sans parler des contraintes énergétiques, lesquelles aboutissent à ajouter une nouvelle couche dans l’empilement des restrictions. Non sans contradictions, car les PLU continuent à exiger, comme à Paris, la construction de logements sociaux : le « pastillage » – qui est une servitude de mixité sociale – constitue une atteinte sérieuse au droit de propriété.

Enfin, il y a toutes les exigences énergétiques, comme le diagnostic de performance énergétique (DPE), devenu le père fouettard des locataires et qui doit être assoupli.

On est donc arrivé à une situation insolite. Avant, on voulait protéger les constructions (de la laideur, etc.). Aujourd’hui, ce serait plutôt des constructions que l’on veut se prémunir. Le « zéro artificialisation nette », institué dans le cadre de la loi Climat de 2021, prévoit, à l’horizon 2050, la fin de toute artificialisation des sols après une réduction de moitié de cette artificialisation d’ici à 2031. Le bâtiment, voilà l’ennemi ! Mais mérite-t-il ce procès ? La construction représente un effort de civilisation et de maîtrise par l’homme de son environnement. On voulait se préserver les dérives immobilières des années 1970, qui ont versé dans l’affairisme et la spéculation la plus effrénée tout en encourageant la laideur. Qui n’a pas à l’esprit la bétonisation de certaines de nos côtes ? Ou la construction de ces gratte-ciel, ces échardes de certains quartiers, mais qui n’ont pu être propagées grâce à la sagesse de certains (on se souvient que Pompidou fit volte-face, ce qui aboutit à cantonner les tours au sud du 13e arrondissement) ?

Notons quand même l’hypocrisie de certains, comme à Paris, où la gauche qui se pare de l’écologie a quand même fait construire une Tour triangle massive, visible à des kilomètres à la ronde.

Mais on se dirige vers l’excès inverse. Une peur irrationnelle de la construction pèse. Avec ce présupposé non avoué selon lequel construire, c’est dénaturer. Mais une écologie bien comprise doit-elle nier que l’environnement, c’est aussi le rapport respectueux avec l’homme, non la négation de ce dernier ?

La métaphore du jardinier pourrait nous rappeler que l’homme est un partenaire et que, si le rapport avec la nature n’est certes plus un rapport de domination, il ne peut être non plus un rapport de soumission. Sans jeu de mots, c’est avec cette architecture intelligente qu’il faut renouer. Curieusement, on note aussi un échec dans les tentatives de créer une nature « apprivoisée » en ville : les « forêts urbaines » sont devenues des dépotoirs et les arbres mis dans les bacs à fleur sont des opérations de renaturation superficielle qui n’échappent pas aux dégradations. Enfin, un phénomène semble sous-estimé : le délitement de la cellule familiale avec l’isolement accru d’une partie de nos concitoyens. Il y a plus de demande en matière de logements, parce qu’on est de plus en plus seul. Il devient donc difficile de satisfaire toutes les demandes. Bref, le logement, c’est un peu le miroir de la société. De ce qui va comme de ce qui ne va pas.

Jean-François Mayet

Politologue

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