À quand le respect de la parole publique ?
En me mettant en demeure de signer sous quinze jours, l’État choisit la contrainte contre la commune, tandis que l’engagement de réfection totale des chaussées pris par Enedis est renié. Ce deux poids, deux mesures est inacceptable.
Le dossier dépasse désormais la question de nos voiries. Il touche à l’idée même que nous nous faisons de l’État. L’État ne devrait pas seulement être celui qui ordonne mais celui qui garantit la parole publique, protège les collectivités et fait primer l’intérêt général. Son autorité ne se décrète pas ; elle se gagne par l’exemplarité.
En septembre 2025, Enedis s’est engagée à refaire intégralement les voiries qui seraient impactées. Parce qu’elle croyait encore à la valeur d’une parole donnée dans le cadre d’un grand projet public, la ville a accepté un nouveau tracé pour l’enfouissement du câble d’alimentation du tunnelier de la ligne 15 Est du Grand Paris Express. Neuilly-Plaisance a respecté sa parole.
Enedis, de son côté, a attendu que plus de 90 % des travaux soient réalisés pour renier la sienne. Lorsque la confiance publique est ainsi brisée, ce n’est pas au plus petit de payer. La puissance ne donne pas le droit de s’affranchir de ses engagements.
Or, au lieu d’exiger du grand opérateur qu’il répare ce qu’il a dégradé, la Société des Grands Projets demande au préfet de se substituer au maire. On se montre inflexible avec une commune et accommodant avec l’opérateur d’un chantier de plusieurs milliards. Cette conception de l’autorité, je la refuse.
Je pose donc une question simple à l’État : comment demander aux citoyens de respecter leurs engagements si ceux qui concourent aux grands projets publics peuvent renier les leurs ? Comment restaurer la confiance publique si la parole donnée n’engage plus que les plus faibles ? L’autorité, sans exemplarité, n’est plus l’autorité mais la contrainte.
Neuilly-Plaisance n’est pas opposée à la ligne 15 Est. Mais la grandeur d’un projet ne se mesure pas seulement aux milliards qu’il mobilise ; elle se mesure aussi à la manière dont il respecte les territoires. Une infrastructure qui humilie une commune affaiblit la confiance dans l’action publique.
J’ai formé un recours gracieux et j’exige une garantie écrite de réfection totale accompagnée d’un calendrier précis. Si un arrêté de substitution devait être pris sans cette garantie, il serait immédiatement contesté devant la justice administrative, y compris en urgence. J’appellerai les Nocéens à se mobiliser pacifiquement et les élus locaux à prendre leurs responsabilités.
Je ne demande pas à l’État de reculer. Je lui demande de se hisser à la hauteur de ses propres principes. Qu’il soit aussi exigeant avec ceux qui ont pris un engagement qu’avec ceux qui demandent simplement son respect.
Christian Demuynck
Maire de Neuilly-Plaisance (93), ancien sénateur
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