Émeutes et jeux politiques

Émeutes et jeux politiques

Cette fois, la violence est montée d’un cran avec deux journées marquées par des violences, en plein cœur de la capitale, à Marseille et dans un certain nombre de grandes villes.

Une mairie a été incendiée démontrant à quel point l’autorité publique est ridiculisée. À Marseille, on recense même 30 000 émeutiers qui ont cherché à en découdre avec des forces de police en sous-effectif.

On est bien loin des revendications lycéennes : émeutiers, pilleurs d’occasion et casseurs plus ou moins structurés sont venus pour en découdre ou en profiter sous les yeux d’une population médusée et d’une police impuissante et dépassée.

La peur d’une bavure est dans tous les logiciels. On redoute une mort qui conduirait le pouvoir à céder. Mais céder quoi au fait ? Jamais les revendications n’ont été aussi absentes de ces deux jours, comme si les pillards en capuche se souciaient d’horaires aménagés ou de Parcoursup…

On est passé à autre chose dans ce week-end où tout le monde se radicalise et pas seulement chez les émeutiers.

Les beaux quartiers sont livrés au pillage et la boboïsation n’est certainement pas une protection contre les prédations : outre le centre de Paris, les pillards ont aussi dévalé dans les 10e et 11e arrondissements qui élisent des députés écologistes ou insoumis. Mais, pour la première fois, on voit des habitants soutenir les pompiers et les CRS.

La dévastation n’épargne personne et la convergence des luttes s’efface devant un cartel qui associe jeunes de banlieues et black blocs. Les Insoumis ont beau crier qu’on leur a volé « leur » manifestation, ils payent l’impitoyable loi de la médiatisation dont ils ont parfois si bien profité.

Les manifestations, dont le message est dérisoire face aux violences urbaines, n’intéressent plus. Sauf que la roue tourne. Mélenchon est dans le collimateur de beaucoup. Pas seulement du RN ou de LR, mais aussi de l’espace dit « modéré » qui accuse le chef des Insoumis d’avoir attisé le feu, croyant qu’il pouvait donner une assise politique à un mouvement social.

Ce ne sont pas les soutiens aux contestations lycéennes, les propos ambigus ou les attaques contre la police qui sont de nature à rassurer. Car, à moins d’endosser une attitude insurrectionnelle, le risque est que ce mouvement, qui arrive trop tôt dans l’agenda politique de LFI, ne soit la tombe de ce dernier si la situation s’envenime.

Les Insoumis sont pointés du doigt et le seront davantage dans les semaines à venir. Seront-ils dissous ? Certains agitent cette perspective qui est une proposition de campagne, même si LFI comporte dans ses rangs des éléments douteux comme le fondateur de la Jeune garde. Mais plus la situation pourrira, plus l’envie de siffler la fin de la récréation se concrétisera.

On notera comment ces deux jours de violence inouïe ont fait oublier les affaires des brebis galeuses au sein du RN. Des brebis galeuses qui ne pillent, ni ne menacent la vie des citoyens et des forces de l’ordre…

Les obsessions journalistiques traduisent un décalage impressionnant avec un pays inquiet qui découvre la haine gratuite des institutions, même locales, et la délinquance sans vergogne.

Les recherches sur les propos d’un Bardella encore adolescent n’ont guère d’intérêt pour savoir qui peut exercer le pouvoir. Sans trop parler, le RN arrive à profiter de la situation, pressentant qu’au printemps prochain, il pourrait incarner le parti de l’ordre, même s’il répudie toute ligne conservatrice.

Mais les violences urbaines démontrent aussi la nature du chaos qui pourrait survenir si jamais Marine Le Pen accédait au pouvoir. Pour beaucoup, l’ultra-gauche aimerait jouer le match retour si elle gagnait. Mais dans une société où tout se consomme, se consume et s’emballe frénétiquement, on joue déjà le match retour avant même que le principal match n’ait eu lieu !

Tout s’est déréglé et accéléré avec un balancier qui risque de basculer d’un côté précis. Si Marine Le Pen continue dans son attitude à la fois posée et ferme, elle peut gagner. Car ses adversaires ou concurrents ne profitent guère de la situation. On peine à suivre Retailleau dans sa demande de proclamation de l’état d’urgence, lequel supposerait des moyens conséquents pour des forces de l’ordre déjà exténuées. Or elles ont été mobilisées de manière maximale ces deux derniers jours. Les mesures seraient inefficaces si personne n’est là pour les mettre en œuvre, qu’il s’agisse des assignations à résidence, des perquisitions ou des couvre-feux.

Jean-François Mayet

Politologue

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