Justice pénale et psychiatrie

Justice pénale et psychiatrie

Nos sociétés célèbrent l’État de droit, toutefois des crimes demeurent impunis : ceux commis, souvent avec une violence extrême d’ailleurs, par des individus estimés en situation d’abolition de leur discernement au moment de l’accomplissement de leur forfait.

Longtemps a prévalu en la matière une approche libérale. « On ne juge pas les fous » était-il décrété et c’est aussi ce que prévoit le Code pénal (art. 122-1). Sauf que l’homme de la rue est interpellé par le fait que les auteurs de ces crimes échouent dans le confort de l’hôpital psychiatrique au lieu de connaître la rigueur de la prison, et ont vocation, de plus, à être réinsérés avec le risque inhérent que cela entraîne pour les tiers.

Fortement médiatisée, l’affaire Sarah Halimi a pu, après d’autres, contribuer à la prise de conscience de la liberté prise avec le principe d’équité dans le traitement de telles d’affaires. Rappelons que cette personne, âgée de 65 ans, avait été frappée à coups de poing d’une grande violence par son voisin toxicomane, puis défenestrée. L’agresseur fut, après débats, reconnu irresponsable pénalement car sous l’emprise de la drogue au moment des faits. Sur les trois experts psychiatres convoqués, deux se prononcèrent en ce sens, mais pas le troisième. Cette discordance a suscité une controverse.

La difficulté avec la psychiatrie, c’est qu’elle est plus un discours qu’une science et que l’évolution de la pratique judiciaire en a fait, au même titre que le droit, une dimension du procès pénal. Son ésotérisme impressionne, et vient bousculer la rationalité rassurante qui découle du droit. Lors du procès, entre le juge et le psychiatre deux rationalités s’affrontent. L’une objective reposant sur la norme juridique, l’autre qui trouve sa source dans l’investigation des replis de l’âme.

Il y a clairement, de longue date, une imprégnation de la réflexion pénale par la « psy ». Et que voit-on ? Après tant d’autres affaires douloureuses déjà, le 12 mars 2026, devant la Cour d’appel de Paris, un père de famille haïtien coupable du meurtre de sa femme et de ses quatre enfants le jour de Noël 2023, a été déclaré irresponsable. L’intéressé avait, paraît-il, été guidé vers son forfait par « une voix mystique ». Suivi en psychiatrie, il était autorisé, malgré une alerte sérieuse, à vivre en famille. Lors de la tuerie, il était demeuré insensible à la supplique de sa fille de 10 ans qui, pressentant le pire, l’avait imploré de lui laisser la vie, alors qu’il déambulait dans le foyer, le coutelas à la main.

Il y a chez ces individus une inhumanité dérangeante qui amène à s’interroger sur le bien-fondé de l’exonération absolutoire que notre société bienveillante leur accorde.

L’ennui, c’est que la pratique judiciaire actuelle, adoucie par la psy, fait que plus le crime est féroce, plus la probabilité de l’admission de l’irresponsabilité de son auteur est forte. On en a l’illustration avec l’exemple ci-dessus. Ne pourrait-on, ne serait-ce  que par respect pour les victimes et compassion envers leurs proches désemparés, introduire une modulation de cette ligne ?

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