L’illusion du « sauveur suprême »
Ils étaient donc 7 à débattre le jeudi dernier sur invitation du MEDEF. Si on pouvait attendre de la droite une bienveillance à l’égard des thématiques patronales, les candidats de gauche n’ont eu aucun propos clivant. Mélenchon se déclarait même prêt à baisser les charges sous certaines conditions, tandis que Marine Tondelier assurait vouloir aider les petites et moyennes entreprises.
Du côté « populiste », Marine Le Pen promettait pour sa part un plan ambitieux pour le redressement finances publiques, sujet sur lequel sa formation politique est régulièrement étrillée.
Bref, personne ne contestait les constats ou les appréhensions des patrons, ce qui en dit long sur la société française : une société de colère et d’indignation, mais aussi une société où, selon les enquêtes d’opinion, les Français se disent largement favorables aux entreprises.
Malgré les changements, l’économie reste un test redoutable pour s’assurer du sérieux d’une candidature.
À l’exception des partis d’extrême-gauche qui réclament encore la collectivisation, personne ne conteste le fait que les patrons peuvent être des partenaires qui font vivre le pays.
Sur ce point, il y a bien eu une évolution significative, surtout dans un pays où les syndicats ont perdu de leur influence.
Si on peut s’interroger sur les multiples facettes de Jean-Luc Mélenchon, aucun candidat ne veut se hasarder à faire ce que fit la gauche en 1981 avant de se raviser deux ans plus tard avec le tournant de la politique de rigueur.
C’est plutôt sain.
Des mesures comme les nationalisations – aussi coûteuses qu’inefficaces – ne sont plus à l’ordre du jour.
L’élection présidentielle de 2027 s’inscrira dans un cadre totalement différent, bien éloigné des séquences des années 1980 et 1990 où les candidats prétendaient porter des projets différents et antinomiques.
Cette fois-ci, tout le monde comprend – ou feint de comprendre – que la dette publique est dangereuse et qu’on ne peut la contourner par des mesures qui placeraient la France en difficulté, même s’il faut noter que certains candidats ont mis en cause les propositions que Mélenchon avait émises dans le passé visant à la suppression de la dette sans paiement des créanciers de notre pays.
Mais, dans un débat, il y a quand même des choses qui se révèlent. Retailleau n’a pas décollé, alors qu’il était censé être dans un cadre favorable. Des interventions plutôt lisses qui peuvent étonner, quand on sait que l’élu de Vendée et ancien ministre n’a pas sa langue dans sa poche pour fustiger la dépense publique. Sa diatribe contre l’assistanat n’était guère convaincante : outre le fait que le sujet est trop répétitif, il semblait également déplacé dans la mesure où il s’agit plus d’une problématique sociale qu’économique.
Tout aussi curieusement, à la question de savoir ce que ferait Marine Tondelier à l’Élysée, la candidate écologiste s’est gardée d’énoncer un catalogue de mesures que le président de la République ne peut mettre en œuvre. Elle a rappelé que les mesures à mettre en œuvre relevaient du législateur, des partenaires sociaux et aussi des corps intermédiaires. Une critique de la présidentialisation des institutions qui n’est pas étonnante, mais qui n’est pas non plus inintéressante, car on sait – ô combien – que l’économie échappe de plus en plus aux politiques.
À la limite, on demande davantage aux politiciens de laisser faire que de faire. Car le futur président ne pourra pas tout résoudre par la magie de son seul verbe présidentiel ; il ne pourra pas décréter la croissance et l’emploi. Or cet imaginaire présidentiel a beau avoir été écorné au cours des deux mandats présidentiels d’Emmanuel Macron – l’illusion que l’élection présidentielle pouvait tout changer dans une société et un monde aux paramètres complexes –, il survit notamment chez les candidats qui ont des chances d’emporter le fauteuil « suprême » comme Marine Le Pen ou Édouard Philippe dans la mesure où ils peuvent rassembler assez largement.
Il ne s’agit pas de nier l’influence de la politique sur l’économie, mais la première doit trouver une place plus modeste dans une société française où la demande de liberté n’a jamais été si forte.
Bref, c’est à une certaine « métanoïa » – un terme issu du grec pour désigner la conversion – que le futur chef d’État est appelé : il pourra apaiser et rassurer (surtout après des années marquées par une ambiance clivante), mais devra se préserver de la tentation de croire qu’il est l’ordonnateur suprême.
Jean-François Mayet
Politologue
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