Périscolaire : les langues se délient dans le déni
Il y a une semaine, nous parlions du périscolaire avec le lancement des différentes missions dédiées à enquêter sur ce qui a constitué un système de dissimulation à l’égard de faits qui étaient clairement des infractions.
Des élus, passés ou actuels, ont commencé à témoigner avec des argumentations sur lesquelles on peut s’interroger.
Il y a d’abord les propos tenus par Anne Hidalgo, qui a été ramenée à un passé encore proche. L’ancienne élue invoque un « échec collectif ». Il est vrai qu’une grande mairie et son administration, c’est forcément un magma avec une hiérarchie et une pléthore de moyens. Mais peut-on diluer à l’extrême la responsabilité de certains ?
Outre le fait que le politique dirige son administration, il y a quand même des choix opérés en amont qui ont bien joué dans le déroulement et les défaillances concrètes.
Or la chaîne CNews a livré un élément suggestif. En 2007, sur un plateau télé dans le cadre d’un débat présidentiel, Anne Hidalgo affirmait ouvrir les emplois municipaux à tous pour mettre en œuvre l’égalité hommes-femmes. Il n’était plus question de limiter des activités à tel sexe. Cela fait réfléchir, car les affaires sont liées à des situations où les animateurs sont surtout de sexe masculin…
Il serait irréaliste de nier que certains emplois sont davantage exercés des personnes de tel sexe. En général, dans le rapport à l’enfance, on retrouve beaucoup de femmes. Inversement, les métiers dits d’autorité sont généralement exercés par des hommes. On peut toujours relever que la règle générale n’écarte pas les exceptions, mais la réalité n’est-elle pas ainsi faite ?
Il y a des dysfonctionnements à corriger, mais faut-il à tout prix abolir les affinités qui facilitent l’exercice d’une profession au nom de l’égalité ? Or, à vouloir à tout prix ouvrir à tous certaines professions, il est à craindre que l’on ait involontairement créé les conditions dans lesquelles des abus se sont commis. Visiblement, on s’est retrouvé avec une présence plus massive d’hommes dans un secteur où il y avait beaucoup de femmes. Sur ce point, il reste une responsabilité des politiques qui repose sur des choix individuels.
On peut citer un autre exemple : les signalements faits au nom de l’article 40 du Code de procédure pénale (CPP). Cette disposition oblige toute autorité publique ayant pris connaissance d’un fait constitutif d’une infraction à le signaler au procureur. Or l’explication donnée sur le non-signalement est confuse.
Non seulement, la volonté de ne pas empiéter sur l’enquête judiciaire a été invoquée, mais on apprend l’existence de divergences entre le politique et l’administration. En effet, Anne Hidalgo affirme avoir été en désaccord avec l’orientation de la direction des affaires scolaires (DASCO) de la Ville de Paris, mais n’a pas cherché à la corriger.
Traduction : le politique s’est incliné… Il y a donc responsabilité de sa part, quand bien même il n’aurait pas mesuré toutes les conséquences et que sa décision était inévitablement influencée par l’administration.
Enfin, il est étonnant de constater que le terme « systémique » est récusé par Anne Hidalgo qui affirme ne pas le comprendre. Pourtant, il y a quelques années, il avait été brandi sans difficultés contre certaines institutions comme l’Église catholique. Quand on parle de « systémique, » on souligne l’existence d’un système, dès lors que des abus, qui ne sont pas isolés, n’ont pas donné lieu aux réponses adéquates. C’est pourtant clair.
Le même jour, un autre ancien élu, Patrick Bloche, a fait part de ses regrets. Quant à Emmanuel Grégoire, l’actuel maire de Paris, mais ancien adjoint chargé des ressources humaines entre 2014 et 2017, puis adjoint au maire de Paris entre 2018 et 2024, on s’arrêtera à l’un des arguments.
Selon lui, la Ville n’aurait pas manqué à ses obligations de contrôle sur le recrutement puisque c’est le législateur qui définit le « cadre ». Or le législateur a beau définir des conditions, ce n’est jamais lui qui recrute concrètement.
Le recrutement est toujours un processus in situ dans lequel l’administration locale, chapeautée par le maire, met sa patte, faute de quoi cela reviendrait à ériger l’État en recruteur ou en employeur indirect. Qui peut sérieusement affirmer qu’une administration n’aurait aucune marge de manœuvre face à la loi ? Il y a toujours un moment où le législateur ne saurait entrer dans le détail. Bref, avec les affaires du périscolaire, on ne finit pas d’en apprendre sur des défaillances aux conséquences désastreuses. Quelle sera la suite ?
Jean-François Mayet
Politologue
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