7 candidats devant le Medef
Ils seront 7 : 7 candidats à la présidentielle appelés à débattre à l’initiative du MEDEF le 27 août prochain dans un débat télévisé qui marque la pré-présidentielle.
En liminaire, on notera que la primaire ne s’est pas imposée. Elle n’aura donc pas départagé Attal de Phillipe, ni Retailleau de ces deux derniers, pas plus qu’elle n’a permis à la gauche de trouver son candidat unique. Il n’y a que Bayrou pour croire encore à une primaire « anti-extrêmes » qui irait de Hollande à… Retailleau.
Examinons les forces en présence. Retailleau ne veut pas du bloc central, mais la question de son rapport avec le bloc central reste toujours posée.
Une chose relève des convictions ancrées du candidat, mais une autre du comportement pratique des élus LR et même des électeurs. Que fera-t-il s’il n’est pas qualifié en vue du second tour ? Certains estiment qu’il n’ira pas jusqu’au bout ou qu’il finira par se rallier à Marine Le Pen, ce qui lui éviterait le procès de s’agréger au bloc central, à l’instar de ce que fit Ciotti en juin 2024.
Pour Philippe, qui rêvait d’être le trait d’union entre Attal et Retailleau, cela devient compliqué, tant les personnalités et les vues de ces deux candidats sont éloignées, sur fond d’enquêtes d’opinion qui les mettent à égalité. Mais c’est surtout compliqué parce qu’une question de fond n’a pas été tranchée : une droite autonome ou agrégée dans le bloc central ?
Ce qui réapparaît donc à la veille du débat télévisé du 27 août, c’est un peu la concurrence entre deux configurations possibles pour la droite : soit le système bipolaire de la Ve République, qui a fini par induire un clivage droite-gauche, soit celui de la IVe, où les différents partis de droite étaient liés à une coalition unissant des partis « centraux », la Troisième force, née du refus des gaullistes et des communistes. Bref, à droite, l’enjeu est structurel.
Les candidats n’auront pas les mêmes attitudes. Pour Attal et Philippe, il s’agit de se poser dans le cadre d’un second tour, donc d’être plus consensuels et peu clivants – les candidats ont égrené des propositions assez « centrales » –, mais avec le devoir de pas apparaître trop lisses. Retailleau aura les coudées plus franches pour marquer le terrain avec un positionnement clairement à droite. On peut supposer qu’il cherchera à tacler Mélenchon.
Quant à Marine Le Pen, autre invitée du débat, elle est, avec le candidat de LFI, l’une des plus anciennes candidates à la présidentielle. Elle se présente depuis 2012, mais n’arrive toujours pas à monter sur le podium élyséen. La question de la présidentialisation ne se pose plus pour elle : beaucoup de ses comportements depuis 2022 en attestent. Pour la candidate du RN, ce sera peut-être le souhait d’apparaître « au-dessus de la mêlée », avec le risque d’être plus consensuelle, donc plus lisse dans son positionnement.
Mélenchon est également candidat depuis 2012 mais, à ce jour, n’a jamais su se qualifier pour le second tour. Ses talents d’orateur sont incontestables, mais il risque de se heurter au plafond de verre qui, depuis le 7 octobre 2023, n’a cessé de se bétonner. On peut supposer que ses adversaires n’hésiteront pas à utiliser le feuilletonnage qui risque d’arriver sur des affaires comme celle du lynchage de Quentin Deranque par des antifas. Mélenchon a pris le risque de croire que le socle sur lequel il mise pour le premier tour lui ouvrirait les portes du second. Or LFI s’est privé de beaucoup d’électeurs. Le tribun risque d’être pris en étau entre son verbe radical et la nécessité de se présidentialiser. Comment parler de Gaza, tout en choyant le patronat ?
Le risque pour Mélenchon est de se résoudre à une social-démocratie bien lisse difficilement camouflée par des saillies verbales.
À gauche, Marine Tondelier illustre les difficultés de l’écologie politique parisianocentrée qui n’arrive pas à parler au-delà des métropoles. La candidate, également à la tête d’un parti politique, ne parvient pas à convaincre ; le contexte caniculaire fait même office de douche froide. En toile de fond, le parti écologiste, qui a probablement l’électorat le moins en colère, ne peut pas s’agréger à un bloc populiste de gauche.
Enfin, Raphaël Glucksmann a l’avantage d’incarner une gauche modérée, qui peut concurrencer les électeurs modérés susceptibles de voter Attal. Mais outre son faible charisme, le candidat de Place publique ne dispose pas du soutien d’une force politique conséquente. Sa grosse difficulté est que, pour faire campagne, il faut avoir l’appui du PS. Bref, beaucoup de questions posées !
Jean-François Mayet
Politologue
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