Cette décision de justice qui rebat les cartes

Cette décision de justice qui rebat les cartes

Ils étaient tous acquis à une candidature Bardella : les candidats à la présidentielle avaient même préparé leurs arguments, comme sur les contradictions du président du RN sur la réforme des retraites. Peine perdue – sans jeu de mots… –, car la décision de la cour d’appel de Paris a remis Marine Le Pen en selle.

La fille de Jean-Marie a beau ne plus être inéligible, elle reste condamnée et cela peut être handicapant. Mais si Marine Le Pen comprend qu’on ne lui fera pas de cadeau, elle sait aussi qu’en politique, le temps ne pardonne pas et que, si on peut se présenter, alors il faut le faire.

Les juges d’appel affirment clairement que « l’exécution de la peine complémentaire d’inéligibilité a d’ores et déjà réparé l’atteinte à la probité ». Assez paradoxalement, l’exécution provisoire de l’inéligibilité se retourne en faveur de l’intéressée : normalement, c’est une décision de justice définitive qui peut rendre inéligible une personne condamnée à la privation de ses droits civiques, mais la décision infligée en première instance a permis à cette peine qui empêche de concourir à une compétition politique d’être purgée.

Autre aspect : si la décision de la cour d’appel souligne à de multiples reprises la gravité des faits de détournement de fonds publics reprochés à la Marine Le Pen et à ses proches, elle prend aussi le soin d’indiquer qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. Bref, la décision pourra être tournée dans tous les sens et, sur ce point, les magistrats ont compris que, dans une compétition politique aussi sensible, il vaut mieux que le jeu soit à somme nulle.

Au fond, cette décision fait revenir un des enjeux de la prochaine présidentielle : la capacité des adversaires de Marine Le Pen.

Or ils sont loin d’être flamboyants. Tout d’abord, la candidature de Jean-Luc Mélenchon apparaît certes comme incontournable, mais plus fragile qu’on ne veut bien le dire. Le fondateur de LFI est loin d’être en forme : il a même toussé lors d’un meeting qui tenait plus du rassemblement de collectifs en lutte que de la machine de guerre politique. On est plus dans le registre de la disneylandisation politique que de la conquête du pouvoir. Quant à se focaliser sur l’électorat des banlieues, c’est le risque d’oublier que la pierre philosophale peut aussi être glissante qu’une savonnette : elle garantit certes des électeurs, mais pas l’accès au second tour. Il faut plus que certains électeurs en colère pour gagner.

Si l’on va vers le bloc central, rien ne perce. Édouard Philippe ne semble pas avoir décollé depuis son meeting du 5 juillet dernier. Les mauvaises langues soulignent que la salle était loin d’être pleine, garnie d’élus et de collaborateurs de la galaxie Horizons. Horizons reste un parti de cadres et d’élus et, sur ce point, conforte une tendance politique perceptible depuis plus de dix ans : des partis qui ne recrutent plus et qui versent dans l’entre-soi. En se présentant, Édouard Philippe a cédé à la tentation de la fiche biographique digne de Wikipédia. Il a même parlé de son grand-père, un certain… Louis Philippe. Certes, le Premier ministre a cité son aïeul et non le roi des Français, mais il a pris subliminalement un gros risque en se présentant comme le candidat orléaniste : celui d’un système qui entend rassurer, mais incapable de convaincre parce qu’usé jusqu’à la moelle.

Autrement dit, le match avec Attal est loin d’être plié. En effet, l’autre ancien Premier ministre de Macron a compris que, dans une pré-présidentielle, il faut parler le moins possible de soi et proposer du neuf et du positif. D’où le fait de ne pas se positionner comme un candidat de centre gauche : on a beau venir du PS, il ne faut pas faire du Glucksmann recentré.

Bref, si la compétition est rude entre les deux candidats du « système », on peut se demander qui acceptera de s’éclipser au profit du mieux placé.

Quant à Bruno Retailleau, il ne décolle pas et continue à pâtir des inconvénients d’une formation politique, Les Républicains, en perte de vitesse. LR aurait pu mourir de sa belle mort, en s’agrégeant à un bloc politique. Or, curieusement, malgré cet intermède ministériel qui dure depuis septembre 2024, LR renoue avec son incapacité originelle, concomitante à l’élection d’Emmanuel Macron : demeurer une force politique autonome.

Ce qui s’est passé en 2022, a juste été la disparition d’un bloc politique – la droite de Fillon de 2017 – devenu principalement fongible dans le bloc modéré incarné par Macron.

Certains doutent de la capacité de Retailleau à aller jusqu’au bout. La question serait plutôt de savoir : aller vers qui ?

Jean-François Mayet

Politologue

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