Ni loi de liberté ni loi de consensus
En principe, le texte sur « la fin de vie » (euphémisme pour parler d’euthanasie et de suicide assisté) devrait être voté en dernière lecture cette semaine par l’Assemblée nationale.
Pourtant, il continue à poser de redoutables questions.
La première est évidemment qu’un texte qui n’assume pas la réalité dont il parle a toutes les chances d’être tordu. Or, les promoteurs ont soigneusement évité de parler d’euthanasie (au motif que cela évoque trop « les heures les plus sombres ») ou de suicide assisté (au motif que les partisans du « en même temps » se font fort de faire de la lutte contre le suicide une « grande cause nationale », tout en le faisant dans le même temps rembourser par la Sécu !).
Nous sommes si bien abreuvés d’incohérences que nous n’y prêtons pratiquement plus attention mais, en des domaines qui touchent à la vie même des individus, une telle absurdité laisse rêveur.
La deuxième question majeure tient au passage en force. Officiellement, Emmanuel Macron voulait une « loi de consensus ». J’ai passé un peu trop de temps au Parlement pour être tout à fait dupe du mot « consensus » – mais on comprend qu’il voulait au moins faire semblant d’avoir écouté les diverses tendances de la société française.
Pourtant, au lieu de laisser la navette parlementaire suivre son cours, « Jupiter » a forcé le vote – contre l’avis de son Premier ministre, si l’on en croit les gazettes. Ce qui signifie qu’il veut imposer le vote d’une loi refusée par une écrasante majorité de médecins et que le sénat a rejetée trois fois de suite – sans que jamais l’Assemblée nationale ne semble entendre les arguments de la Haute assemblée pour les intégrer dans cette fameuse recherche de « consensus ».
Ajoutons que le Conseil constitutionnel a rejeté la demande de plus de 10 % des parlementaires d’organiser un référendum d’initiative partagée – sans doute les citoyens français sont-ils jugés trop bêtes par les « Sages » pour savoir ce qui est bon pour eux !
Relevons aussi que l’une des dernières lectures avait exempté les médecins d’euthanasie au motif que cela violait le serment d’Hippocrate !
Ajoutons encore que nombre de promoteurs du texte se sont répandus dans les médias pour nous expliquer que, « dans un premier temps », les mineurs et les handicapés ne pourraient pas être euthanasiés – laissant entrevoir une « suite »…
Tout cela n’est guère rassurant ni sur le sérieux du projet, ni sur la solidité des « garde-fous » censés rassurer les sceptiques ou les opposants.
Or, les sceptiques sont de plus en plus nombreux (la majorité pro-euthanasie n’a pas cessé de diminuer au fil des lectures à l’Assemblée nationale).
Il existe à cela deux raisons principales. D’abord, tout le monde s’accorde à dire que les soins palliatifs sont la meilleure réponse à la souffrance. Or, légaliser l’euthanasie empêchera le développement des soins palliatifs (il est clair qu’une piqûre létale coûte beaucoup moins qu’un lit de soins palliatifs !). La seconde raison est que, dans la version actuelle du texte, des millions de personnes, pourtant loin d’être en « fin de vie », sont « éligibles » à l’euthanasie – loin des quelques dizaines initialement envisagées.
En particulier, de nombreuses associations de handicapés s’inquiètent de ce que cette loi « dira » de leur handicap – susurrant que, si vous êtes diabétique, votre vie ne mérite pas d’être vécue. En d’autres termes, ce qui était naguère encore présenté comme une loi de liberté devient de plus en plus nettement une loi pour éliminer les vieillards et les handicapés.
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