Des ingérences russes bien commodes
La campagne présidentielle a à peine commencé que déjà les ficelles les plus grosses de la propagande sont utilisées.
Pendant l’été, pas moins de trois candidats ont fait état d’ingérences russes qui auraient visé leur campagne : Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Édouard Philippe.
N’ayant aucune compétence en matière d’action clandestine de ce type, je ne me risquerais évidemment pas à affirmer que c’est faux.
D’autant que les services russes, héritiers du KGB et de la machine communiste de subversion, sont experts en matière de manipulation.
Cependant, en l’occurrence, ces accusations me laissent un peu circonspect.
D’abord, parce que dire, sans autre élément, que l’on a été victime d’ingérence russe est un peu trop vague pour être convaincant. Or, à l’heure où j’écris, nous ignorons toujours la nature desdites ingérences – qui peuvent aller du « kompromat », visant à faire chanter la « cible », à la « ferme de trolls », alimentant des milliers de comptes sur les réseaux sociaux pour délivrer un message, en passant par l’action terroriste ou mille autres options.
On croit comprendre que les ingérences russes en question concerneraient une campagne hostile aux victimes sur les réseaux sociaux. Mais alors il faudrait quelques indices de l’origine russe de ces campagnes – car il n’est guère difficile d’imaginer des origines bien françaises à des campagnes hostiles à ces candidats.
Mais, surtout, je peux difficilement me départir d’une certaine méfiance quand je vois qui se plaint. Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal se voient volontiers en sauveurs de la social-démocratie mais leurs campagnes peinent à décoller. Par conséquent, d’une part ces ingérences arrivent à point nommé pour faire parler d’eux ; et surtout, d’autre part, on imagine assez mal que Vladimir Poutine les considère comme la pire menace contre lui, comme le prétend Raphaël Glucksmann.
Pour Édouard Philippe, la logique est différente : lui a de véritables chances. Il pourrait donc bel et bien être la cible d’ingérences russes.
Mais, si ces attaques étaient le fruit de son imagination, les dénoncer pourrait aussi aider battre le rappel des « bons démocrates » au deuxième tour : un candidat ayant été la cible d’ingérences russes obtiendrait ainsi une sorte de certificat de démocratie – alors que ses principaux rivaux, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, sont suspectés d’être pro-russes.
En tout cas, ces dénonciations d’ingérences russes contribuent à aggraver le discrédit de la parole politique. À moins d’avoir rapidement des détails sur ces ingérences, la majorité des Français va supposer que les « victimes » ont dénoncé un complot imaginaire. Dès lors, pourquoi les croire sur d’autres sujets ?
Par ailleurs, évoquer les ingérences russes est un bon moyen de censurer les attaques contre les candidats du « cercle de raison ». Il existe pourtant de bonnes raisons de s’opposer à la gauche ou au macronisme – sans être stipendié par les services secrets russes.
Enfin, la Russie n’est pas la seule puissance étrangère à s’intéresser aux dirigeants français. Pour ne citer qu’un exemple parfaitement connu et public, de nombreux dirigeants français ont été formés par les États-Unis dans le cadre du programme des Young Leaders. Cela n’implique pas nécessairement qu’ils soient des agents américains, mais ce programme relève-t-il de l’ingérence américaine dans la vie politique française ? Et, si oui, disqualifie-t-il d’office tous ceux qui y ont participé ?
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