E-sport à l’école
Nous avons récemment découvert dans les gazettes l’une de ces nouvelles qui font hésiter un instant pour savoir s’il s’agit d’un canular du « Gorafi » ou d’une actualité bien réelle.
En l’occurrence, la cellule investigation de Radio France nous apprenait – a priori sans second degré, ni poisson d’avril – que le Premier ministre réclamait un engagement du ministère de l’Éducation nationale pour « intégrer l’e-sport dans les parcours scolaires et éducatifs » au cours des prochaines années.
Comme son nom l’indique, l’e-sport désigne le « sport électronique » (si l’on ose cet oxymore), c’est-à-dire la pratique en compétition du jeu vidéo.
Le moins que l’on puisse dire est qu’il est assez étrange de vouloir le développer en milieu scolaire.
D’abord, parce que l’on n’a pas entendu dire que l’Éducation nationale excellait si bien dans ses missions prioritaires qu’elle pourrait se consacrer dorénavant à d’autres passe-temps plus secondaires.
Si tous les élèves de 6e savaient lire, écrire et compter, on pourrait peut-être songer à élargir le spectre de leurs activités (y compris leurs loisirs) durant le temps scolaire, mais nous en sommes loin – et tous les indicateurs tendent à nous persuader que cela va de mal en pis.
Cependant, le bon sens exige que les loisirs soient seconds par rapport au nécessaire et que, par conséquent, l’essentiel du temps scolaire soit dédié à l’apprentissage des savoirs fondamentaux.
Par ailleurs, même en supposant que l’on puisse consacrer davantage de temps scolaire aux loisirs, développer l’e-sport ne semble toujours pas une bonne idée.
D’une part, parce qu’il paraît un peu curieux de passer davantage de temps devant un écran quand tous les spécialistes nous disent que la génération scolaire actuelle est menacée d’une addiction généralisée aux écrans – et quand Emmanuel Macron prétend sauver la jeunesse en la sevrant de réseaux sociaux.
D’autre part, parce que, malgré son nom, l’e-sport n’est pas une activité physique et qu’il ne saurait donc remplacer le « vrai » sport – fort utile au sain développement des enfants.
On se perd en conjectures sur les raisons qui ont pu pousser le gouvernement à s’embarquer dans cette galère où il n’a pratiquement que des coups à prendre. La seule explication plausible qui vient à l’esprit associe cette décision aux puissants intérêts financiers derrière l’industrie du e-sport. Mais on ose espérer que le développement et l’instruction de nos enfants peuvent échapper à la corruption générale !
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