Encore un texte liberticide…

Encore un texte liberticide…

Le sénat a adopté le 5 mai dernier une proposition de loi déposée par Bruno Retailleau, sénateur LR et ancien ministre de l’Intérieur, visant à « Lutter contre l’entrisme islamiste en France ».

Il est inutile de dire que je partage largement les objectifs de cette proposition de loi.

Je suis, en particulier, assez d’accord avec ce paragraphe dans l’exposé des motifs : « Contrairement aux formes les plus visibles de l’islamisme radical, cet islamisme dit “à bas bruit” se caractérise par la dissimulation, l’ambiguïté et l’instrumentalisation des libertés publiques. Il détourne les valeurs de la République pour mieux les retourner contre nos principes, fragiliser la laïcité et remettre en cause l’universalité de la loi. »

Voici des années, en effet, que bon nombre de voix courageuses disent, malgré le politiquement correct, que la France a un problème avec l’islam comme tel et non pas seulement avec le terrorisme islamiste.

Cependant, je vois au moins deux problèmes dans le traitement du sujet qu’implique cette proposition de loi.

Le premier est que nous ne sortons pas de l’ambiguïté. En quoi cet « islamisme à bas bruit », qui semble le nouvel adversaire, diffère-t-il de l’islam ? Tout se passe comme si nous avions un continuum de l’islam modéré au terrorisme islamiste en passant par « l’islamisme à bas bruit » et « l’islamisme radical » – mais sans que quiconque soit capable d’expliquer en quoi les principes de l’un se distinguent des principes des autres…

Selon moi, il conviendrait de mieux distinguer entre l’islam et les musulmans (et de distinguer tel groupe de musulmans de tel autre) et d’abandonner les querelles byzantines sur lesquelles nous n’avons, en toute hypothèse, aucune légitimité puisque nous ne sommes pas nous-mêmes docteurs ès théologie islamique (si tant est qu’il existe une théologie islamique, ce dont je doute fort, mais c’est une autre histoire !).

Le deuxième problème tient à ce que, sous couvert de lutter contre l’islamisation de la France ou la subversion des « valeurs de la République » par l’islam, nous limitons les libertés de tous – et d’abord des non-musulmans.

Cette proposition de loi prévoit notamment de geler sur simple décision administrative les ressources de n’importe quelle personne, association ou entreprise qui contreviendrait à des dispositions nébuleuses – en particulier la fameuse « provocation à la discrimination » (qui permet d’interdire toute critique de l’immigration ou du wokisme).

Il faut redire que tout l’édifice législatif reposant sur la loi Pleven de 1972 autorise de facto les autorités à faire condamner, à censurer (et donc bientôt à spolier) toute personne ou organisation qui aurait le malheur de déplaire aux puissants du jour.

Quand on sait que le Canada en est désormais à censurer la Bible au motif qu’elle apparaît trop « discriminatoire » aux délicates oreilles modernes – qui semblent incapables de lire un texte ancien sans y voir une odieuse agression contre notre merveilleux aujourd’hui –, on peut s’inquiéter.

Ajoutons qu’il est paradoxal de prétendre lutter contre l’islamisme en faisant le jeu de la censure wokiste – qui est l’un des plus puissants moteurs de l’islamisation dans les sociétés occidentales.

Rappelons enfin que bien des dissolutions décidées par les récents ministres de l’Intérieur ont été finalement cassées par la justice. Que se passera-t-il quand, après un ou deux ans, telle association spoliée pour atteinte aux « valeurs de la République » gagne en justice… après sa mise à mort administrative ? !

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