Le travail au noir est-il un vol ?

Le travail au noir est-il un vol ?

Tout travail crée des richesses, et tout travailleur devrait être considéré comme un bienfaiteur de l’humanité. Or le travailleur au noir est chargé d’opprobre.

Notre société fonctionne de manière paradoxale : les besoins à satisfaire sont immenses et, simultanément, des millions de personnes sont au chômage ou sous-employées.

Le travail au noir est une soupape de sécurité qui empêche notre société d’exploser en permettant à des chômeurs, à des travailleurs à temps partiel (et à quelques fonctionnaires) de se procurer des revenus complémentaires, et, parfois, d’éviter de tomber dans la délinquance.

Le travail au noir est surtout le révélateur le plus criant des aberrations de notre système fiscal et social.

Que reproche-t-on au travailleur au noir ? De voler la collectivité en ne payant pas ses impôts et cotisations sociales.

Voyons d’un peu plus près ce qu’il en est, et ce qu’il faudrait faire.

Pour le côté fiscal, il est évident que les revenus au noir échappent à l’impôt sur le revenu (IR). Or cet impôt progressif est dénoncé par la plupart des économistes comme nocif à la réalisation de l’optimum économique auquel peut prétendre une nation. Cela est particulièrement vrai en France où la moitié de la population en est exonérée, tandis que l’autre moitié subit des prélèvements qui découragent les initiatives et encouragent la fraude (10 % des contribuables supportent 70 % de l’impôt sur le revenu).

D’ailleurs Maurice Allais, Prix Nobel d’économie 1988, proposait de remplacer tous les impôts actuels et de les ramener à 3 types d’impôts :

– un impôt sur la consommation, la TVA, qui existe déjà.

– un impôt sur tous les capitaux investis dans des biens durables (investissements industriels et commerciaux, logements y compris HLM, bâtiments publics et administratifs, etc.)

(Attention : contrairement à l’ISF, il s’agit de taxer le capital investi, et non le capital détenu.)

– des impôts spécifiques sur les produits dangereux ou polluants (alcool, tabac, carburants, combustibles, etc.)

Dans le système actuel, l’honnête contribuable de base subit une double peine : il est taxé une première fois quand il gagne son pain à la sueur de son front (par l’IR), et une deuxième fois quand il achète ce pain (par la TVA) !

Il serait plus utile pour la collectivité nationale de s’attaquer à la suppression de l’impôt sur le revenu que de s’appuyer sur son existence pour condamner le travail au noir.

En effet, après la « réforme Allais », le travailleur au noir supporterait sa part fiscale à travers sa consommation comme à travers son épargne dès que celle-ci serait investie.

Examinons maintenant ce qui se passe du côté des cotisations sociales qui, en France, sont presque toutes assises sur les salaires.

En fait, les seules cotisations qui devraient rester proportionnelles aux salaires ou revenus sont celles qui ouvrent droit à des prestations proportionnelles aux salaires ou revenus.

Il en est ainsi pour les cotisations de retraite et de protection contre le chômage. En n’acquittant pas ces cotisations sur ses revenus perçus au noir, le travailleur clandestin ne pénalisera que lui-même. Il se privera de droits à la retraite ou d’indemnités de chômage auxquels il aurait pu prétendre plus tard.

L’autre cotisation sociale importante concerne l’assurance maladie.

Le fait d’asseoir cette cotisation sur les revenus relève de la démagogie rebaptisée « solidarité nationale ». En effet, les dépenses de santé varient peu en fonction des revenus. Le paramètre le plus discriminant est l’âge. Les dépenses de santé augmentent tout au long de la vie avec une forte accélération vers 60 ans, et les octogénaires dépensent environ 8 à 10 fois plus pour leur santé que les jeunes adultes.

La cotisation la plus logique devrait être une capitation, identique pour tous et acquittée de la naissance au décès. Cette capitation devrait être de l’ordre de 250 euros par mois pour couvrir les dépenses de la branche maladie de la SS. Bien entendu, il faudrait relever du même montant les divers minima sociaux et allocations familiales.

Ce système de cotisation étant obligatoire pour tous et ne dépendant pas des revenus, serait également neutre devant le travail au noir. En outre, ce système aurait l’avantage de montrer clairement aux Français quel est le coût réel de leur santé, alors que dans le système actuel personne ne sait combien il paye, ce qui encourage les comportements irresponsables.

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