Lafarge et la Syrie

Lafarge et la Syrie

Le 13 avril, Bruno Lafont (69 ans), ancien PDG de Lafarge, et Christian Herrault (75 ans), ancien DG opérationnel, ont été condamnés à des peines de prison ferme – respectivement 6 ans et 5 ans.

Ils paient ainsi lourdement le fait que Lafarge, le principal cimentier français, soit accusé d’avoir financé le terrorisme en Syrie lors du « printemps arabe ».

Évidemment, le financement du terrorisme est une chose très grave et, s’il est avéré, il mérite des peines sévères.

Cependant, la condamnation n’a à peu près rien retenu de la version de la défense. Lafarge ne niait pas avoir versé de l’argent à certains groupes armés, mais contestait le montant (le groupe reconnaissait un versement de 500 000 euros, tandis que l’accusation parlait de 5 millions), les buts (le groupe disait avoir voulu protéger ses salariés, quand l’accusation affirmait qu’il s’agissait de financer les futurs dirigeants de la Syrie islamiste) et les destinataires (l’accusation affirme que Lafarge a payé l’État islamique, mais la défense répondait que la situation syrienne de l’époque était trop confuse pour que l’on sache quel groupe relevait réellement de l’État islamique, dont, par ailleurs, on ignorait alors la dangerosité).

Je n’ai aucun élément pour apprécier la réalité des faits.

Il reste du moins qu’il est assez troublant que le juge ait balayé les réponses de la défense en considérant soit qu’il s’agissait de « faux débat », soit que ces réponses constituaient autant de circonstances aggravantes. Ce qui a suscité ce commentaire du site Actu-juridique : « Comment se défendre s’il n’est pas acceptable de soutenir une version différente de celle de l’accusation pour expliquer les faits ? »

Il est également assez choquant qu’une grande société française soit ainsi littéralement « décapitée » par la justice française (il était déjà assez grave que la justice américaine se soit fait une spécialité d’éliminer ainsi d’encombrants concurrents sous couvert d’extraterritorialité du droit américain).

Mais surtout, un scandaleux « deux poids, deux mesures » apparaît ainsi. Pendant que les dirigeants de Lafarge paient le prix fort pour avoir voulu maintenir en ordre de marche une énorme usine dans un pays en guerre, on oublie opportunément que Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, disait à la même époque et dans le même contexte d’un groupe islamiste affilié à Al-Qaïda : « Ils font du bon boulot. »

Et on oublie la responsabilité de tant et tant de politicards français dans la déstabilisation de nombreux pays arabes – laquelle s’est généralement achevée par le chaos ou la domination islamiste.

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