Tempête sur Saint-Germain des Prés
L a tempête dans un verre d’eau germanopratin qui a suivi le licenciement du PDG de Grasset, Olivier Nora, n’est certes pas déterminante pour l’avenir du monde et a même quelque chose de dérisoire quand la planète est au bord de la guerre mondiale, mais elle n’en reste pas moins intéressante pour notre avenir à nous, Français.
Contrairement à beaucoup, je ne crois pas qu’aucun des problèmes que traverse la France soit irrémédiable. Mais il est clair que, pour les résoudre, il faut déjà les diagnostiquer et rejeter les principes qui nous ont conduits dans le mur. Or, ces principes sont très directement liés au constructivisme et à l’individualisme radical de la gauche contemporaine.
Ces principes remontent bien au-delà d’Emmanuel Macron ou François Hollande ; ils sont même largement antérieurs à mai 1968 – puisque bon nombre des erreurs dont nous crevons aujourd’hui se trouvent déjà énoncées dans le Contrat social de Rousseau. Et c’est pourquoi je persiste à ne pas comprendre pourquoi la droite persiste généralement à refuser de livrer la bataille culturelle.
C’est ici que l’affaire Grasset devient intéressante. En quelques mots, résumons les faits : Olivier Nora voulait retarder la parution du dernier roman de Boualem Sansal contre l’avis de son actionnaire majoritaire, Hachette. L’opposition a conduit au licenciement de Nora, suivi du départ à grand renfort de tam-tam médiatique d’une centaine d’auteurs « stars », de BHL à Virginie Despentes en passant par Anne Sinclair.
Toutes ces bonnes âmes se donnent le ridicule de prétendre entrer en résistance face à Vincent Bolloré – lequel est, comme de juste, supposé à l’origine du licenciement de Nora.
Inutile d’insister sur le fait qu’en fait de résistance, ils ont plutôt bénéficié du tapis rouge médiatique. Inutile d’insister non plus sur le fait qu’Olivier Nora est la parfaite incarnation à la fois de la gauche caviar et de ce que la gauche prétend détester le plus, à savoir l’hérédité puisque son père était directeur de Hachette (ce qui a tout de même dû un peu aider sa propre carrière d’éditeur !), parmi bien d’autres Nora dans l’oligarchie.
Relevons tout de même ce que Vincent Bolloré lui-même a déclaré au JDD. Tout d’abord, ce bruit médiatique est totalement disproportionné : Grasset compte 38 salariés sur les 33 000 du groupe Lagardère. Et, surtout, le bilan économique d’Olivier Nora est assez peu brillant : le chiffre d’affaires de Grasset est passé de 16,5 millions d’euros en 2024, à 12 millions en 2025 et le résultat opérationnel, de 1,2 million à 0,6 million. Dans le même temps, la rémunération annuelle d’Olivier Nora passait de 830 000 euros à 1,02 million d’euros ! La nomenklatura sait récompenser les siens mais il vaut mieux être exemplaire lorsque l’on veut donner des leçons au reste du monde…
Cependant, le plus intéressant reste l’ébranlement de la « gauche culturelle ». Le JDD cite également un « vieux routier de la presse culturelle » : « La gauche libérale vient de perdre un bastion qu’elle pensait inexpugnable. Le mur de Berlin de l’édition française qui tenait depuis 1981 vient de tomber. Il clôt un cycle ouvert par BHL avec la sortie de L’Idéologie française, chez Grasset. Tout ce petit monde est effrayé mais c’est ça, la liberté retrouvée, c’est effrayant mais c’est exaltant ! »
Je ne suis pas certain que le départ d’Olivier Nora change aussi radicalement le paysage de l’édition française. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il symbolise de façon éclatante que les temps changent et que l’hégémonie culturelle et morale de la gauche peut être renversée…
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